« Musique contemporaine » -> « Musiques innovantes » : un nouveau terme remède à tous les maux du genre ? 1/3

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crédits : François Sechet

En terme d’appellations et de sigles, il est probable que la France détienne la première place.

Pourquoi ?

Parce qu’en plus d’être toujours plus nombreux et (souvent) opaques, ceux-ci changent régulièrement !

La musique ne fait pas acception dans les noms et acronymes donnés à ses établissements, labels, genres, diplômes, etc.

Lorsqu’un énième changement intervient dans une dénomination, on est toujours peu ou prou amené, inconsciemment, à se poser quelques questions : doit-on y voir une volonté de donner l’illusion de faire du « neuf » avec de l’ancien ?

De communiquer différemment sur l’entité rhabillée de son mot nouveau ?

Quel imaginaire, connotation, cheminement de la pensée a donc pu mener à ce choix ?

Est-il question préciser, de ne pas « choquer », d’adoucir un concept par l’invention d’un terme flambant neuf ?

Il est vrai que cette question de la terminologie traverse aujourd’hui tous les domaines : que ce soit dans le registre de l’humain (on ne parle plus « d’aveugle » mais de « personne malvoyante »), du travail (« agent d’entretien » devient « technicien de surface »)…

Dans un récent article de la Lettre du spectacle (n° 313, 8 mars 2013), on apprend que face à la future loi d’orientation sur la création artistique, les professionnels de la création musicale ont souhaité englober la « musique contemporaine » sous le terme de « musiques innovantes ».

Doit-on voir dans ce nouveau terme une volonté de se rapprocher du public ?

Est-ce une volonté de qualifier avec plus de précision la période de l’histoire de la musique que nous traversons aujourd’hui (ne plus utiliser sous le terme de « contemporain » une période qui regroupe, tout de même, les années 1945 jusqu’à nos jours) ?

Y a-t il, par ce nouveau terme, un désir de se rapprocher des « musiques actuelles » (pop, rock, électro, soul, musique urbaine chanson,  etc) ? De mutualiser, avec ce secteur, idées, perspectives, études sur le public, projets ?

Que nenni.

Il s’agit avant tout d’appuyer une demande de labellisation d’un plus grand nombre de Centres Nationaux de Création Musicale (CNCM), au nombre de 6, regroupés sous le réseau Futurs composés.

Soit.

Il est vrai que la musique contemporaine n’est quasiment pas – ou peu (on songe aux prises de risques en région pour la création d’opéra comme à Rouen – soutenues par l’industrie du disque, les maisons d’opéra ou les phalanges musicales.

Par soutien, apparemment, les professionnels du secteur entendent majoritairement… un soutien financier. Malheureusement, la France, pour ce qui est de sa musique savante, reste encore largement imprégnée de l’idée selon laquelle c’est la puissance publique (Etat ou collectivités territoriales) qui subvient – quoiqu’il arrive – à la création (moyennant tout de même cahiers des charges et missions, contractualisation et rapport d’activités).

Il est vrai qu’entre les opéras, les orchestres et les centres nationaux de création musicale, on est à deux poids deux mesures en terme de résultat financier.

Les premiers réalisent un chiffre d’affaire (CA) environ 10 fois supérieur (plus 350 millions d’euros pour les opéras et de 150 millions d’euros pour les orchestres) aux CNCM, ensembles de création et l’Ircam tous réunis (à peine 35 millions d’euros). Source : La lettre du spectacle n° 313, 8 mars 2013.

Ceci s’explique par le fait que les orchestres, les opéras, sont beaucoup plus nombreux que les institutions dédiées à la musique contemporaine mais également à cause de leur ancienneté et de l’impulsion initiée dès les années 1960 par Marcel Landowski.

Pourtant, le nombre pourrait s’accroître du côté des lieux dédiés à la création contemporaine : certaines structures répondent en effet déjà au cahier des charges pour la labellisation en CNCM.

Quelle est donc, à travers ce changement, la requête de Futurs composés envers le genre « musique contemporaine » ?

Il semblerait que par ce nouveau terme, Futurs composés appelle à un nouveau souffle dans la reconnaissance par l’Etat de la musique contemporaine.

Ceci passe par le fait de faire état de l’importance du décalage par rapport aux autres institutions structurant le paysage musical, de la nécessité d’un soutien envers la création à travers une labellisation qui ne concernerait plus uniquement les centres dédiés à la création CNCM mais aussi des ensembles, compagnies, collectifs de compositeurs, des festivals, etc. L’Etat est aussi appelé à « encourager les conventionnements avec les collectivités et à renforcer son rôle d’expertise » (sic).

C’est ce que souhaite le regroupement des professionnels de la création musicale sous le terme « musiques innovantes », que la puissance publique continue de tenir le même rôle que sous le Régime de Louis XIV : la musique, la « danseuse » de l’Etat.

En sommes, que les décisions artistiques, les choix de soutien soient une fois de plus laissés à la (lenteur) de la technocratie…

On est en droit de se demander si c’est là une solution véritablement « contemporaine » pour la ou les musiques de ce genre…

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