« Musique contemporaine » -> « Musiques innovantes » : un nouveau terme remède à tous les maux du genre. Suite 2/3

 

magritte1

Pourtant, rien ne semble moins adapté à la musique contemporaine  que ce type de relation au pouvoir, vertical. Aujourd’hui, le « défrichage » de nouveaux talents, de courants ne semble plus passer par des personnalités politiques mais par tout un chacun, que ce soit sur Internet, en concert…

En France, le secteur se plaint sans cesse d’une dichotomie entre la musique contemporaine, considérée comme un marché de niche, et le public, vu comme peu intéressé par la création.

Il est vrai que les jauges des concerts de musique contemporaine sont bien moindres que celles des concerts de pop-rock, par exemple.

Mais si les professionnels même continuent de renforcer le lien avec l’Etat coûte que coûte en négligeant les nouveaux modèles de prescription de la musique, de découverte, de sélection effectuée par le public – qu’il soit ou non spécialiste – cela ne contribuera pas à améliorer la situation.

Dans les pays germanophones, on n’hésite pas à programmer des concerts, des conférences sur le sujet et l’on communique dessus de façon décomplexée.

Certes, l’intérêt, la place de la musique comme faisant partie intégrante de la vie de tous contribue nettement à ce que la musique contemporaine trouve son public, contrairement à celui du festival Présences de Radio France, par exemple, qui malgré la gratuité pour les jeunes, ne suscite pas plus leur engouement.

Le problème tient t-il donc uniquement à un soutien pas assez net la part de l’Etat ?

L’investir d’un rôle de « prescripteur » changerait-il la donne réellement ?

Si l’on peut louer le travail remarquable effectué dans lycées dans la découverte de la musique contemporaine avec le prix que ceux-ci peuvent décerner à une œuvre après découverte, discussion, familiarisation avec une sélection d’opus, il apparaît bien dommage que les professionnels ne contribuent à « désacraliser » le genre au lieu de s’en remettre uniquement à la puissance publique.

On remarque, de plus, que la demande envers cette dernière porte toujours sur l’aide à la création, le soutien des institutions dans leur fonctionnement.

Sous couvert de non-rentabilité de la création, on se porte systématiquement sur le soutien public.

Mais qu’en est-il du regard porté sur la contribution, le soutien des particuliers ?

Qu’en est-il de la question de la diffusion de tous ces créations misent sur le marché ?

La confiance dans la curiosité des citoyens, leur investissement semble faire cruellement défaut au genre.

Pourtant, pas si loin de nous, la Belgique, à travers des conférences du TED, n’hésite pas à programmer des talk-show sur des nouveaux instruments et moyens innovants de produire des sons, une musique dans une salle comble.

Un événement parmi d’autres, certes, mais qui contribue à reconnecter le public à la musique

contemporaine, à sa dimension expérimentale, à ses liens avec le quotidien de chacun.

Mais surtout, un événement inclus dans un ensemble de conférence sur d’autres thématiques, au sein de la même soirée (sciences, technologies, santé, société…). Le tout dans un lieu atypique, convivial, accessible, confortable, avec le discours assorti et non dépareillé ou plutôt détonnant (trop) « musicologique » !

Concerner une personne en communiquant sur un domaine quelle ne connaît pas est un vrai défi.

Un défi que l’on peut relever lorsque l’on est novateur dans sa communication, dans les outils que l’on mobilise (réseaux sociaux, YouTube, SoundCloud, flashmob etc) mais aussi dans le contenu, les mots, le message que l’on transmet.

C’est ce que fait par exemple Bruno Zamborlin avec le système Mogees, qui a suscité 256 000 vues sur YouTube en interpellant avec simplicité l’internaute sur les liens entre musique et quotidien.

La musique, quelle soit savante, « actuelle », contemporaine, ancienne, rock, pop, soul s’empare toujours de sujets universels : la vie, la mort, la passion, les sentiments, nos relations aux autres ou au monde.

Parmi les changements à opérer pour se rapprocher de son public la musique contemporaine doit se repositionner dans son rapport au public et sa communication, avec un discours intelligible sans démagogisme, une volonté de transmission du savoir.

Un savoir qu’elle porte en elle de par sa conception, son historicité et ses racines.

Et cela, ni l’Etat, ni une collectivité territoriale, ni aucun subventionneur ne peut le faire à la place du porteur du projet, qu’il soit créateur, producteur de concerts, de disques.

« Notre société est à un carrefour dans son rapport aux nouvelles technologies » explique Danah Boyde, chercheuse au laboratoire Microsoft Research et à l’Université de Harvard, ethnologue et professeur à l’Université de New York qui examine depuis bientôt 10 ans les pratiques liées à Internet et aux réseaux sociaux.

Dans ce rapport au public, cette créativité dans la mobilisation d’Internet et de ses outils afférents, les musiques actuelles sont bien plus innovantes et en avance – par le storytelling, par exemple – que la musique contemporaine.

Alors, vraiment contemporaine la musique contemporaine ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s