Mais, le crowdfunding, c’est quoi exactement ? ça sert à quoi ?

Suite à mon article d’hier sur le crowdfunding, où je vous disais que, non, ce mouvement ne sort pas de nulle part mais s’inscrit dans une tendance générale du « co-…. », du circuit court, d’un besoin de sens, aujourd’hui, on rentre un peu dans les détails. Oui, parce que c’est bien de savoir d’où l’on vient, mais c’est mieux de savoir de quoi on parle, tout de même !

crowdfunding

Qu’est-ce que le crowdfunding ?

Le crowdfunding : signifie littéralement « « financement par la foule » ou « financement collectif ». L’objectif du crowdfunding est de mobiliser un nombre important de particuliers investissant de petites sommes d’argent, pour financer différents types de projets[1]. Il s’agit d’un néologisme conçu en 2006 par Jeff Howe et Mark Robinson, rédacteurs à Wired magazine. L’origine de ce terme est à associer au concept plus global de crowdsourcing qui consiste à « utiliser la créativité, l’intelligence et le savoir-faire d’un grand nombre d’internautes, et ce, au moindre coût »[2]. C’est l’action de « confier une tâche (habituellement à un employé) et la sous-traiter à un groupe, généralement important, d’individus indéterminés […] c’est l’application des principes du logiciel libre en dehors du domaine des logiciels. Le Web dans sa forme actuelle rendant possible une collaboration efficace d’un grand nombre d’individus autour de projets communs ».[3]

Le crowdfunding repose sur des principes simples : c’est la multiplication des contributions même de faibles montants – qui contribue à l’impact d’une aide non seulement concrète et matérialisée (un nom, un visage, un projet à soutenir et un suivi) pour le ou les artiste(s), mais permettant aussi l’internaute de s’impliquer davantage en participant à la promotion de son/ses interprète(s) préféré(s)[4]. En France, c’est Mymajorcompany, qui a popularisé la dimension participative dans la sphère de la musique enregistrée en rencontrant le succès dès son premier artiste financé et lancé : le chanteur Grégoire. Aujourd’hui, les sites d’intermédiation fleurissent : Babeldoor, KissKissBankBank ou encore Ulule. Des plateformes qui légitiment et affirment de plus en plus la pertinence de leur rôle pour la création par le nombre de projets financés.

Différents types de plateformes existants

Pour autant, à travers l’image que lui en fournit les médias, le grand public ne connaît qu’une petite partie du crowdfunding, le système du « don contre don ». En réalité, le crowdfunding concerne aussi des plateformes d’apport en capital (type Wiseed) ou de prêt (on rentre dans le micro-crédit, comme le fait la plateforme Babyloan). Malheureusement, le secteur de la culture, qui plus est celui de la musique connaît encore peu voire pas ces deux systèmes que je ne détaillerait pas dans cet article, sinon (si cela n’est déjà fait), vous allez décrocher avant.

Si cela vous intéresse, je vous invite à aller sur les sites des plateformes cités plus haut.

De plus, au sein même de chaque type de système, il existe des déclinaisons différentes de ceux-ci, ce qui complexifie d’autant plus la chose… Même si tous ces systèmes ont un dénominateur commun – rapprocher le «prêteur»/internaute/citoyen du porteur de projet, permettre une plus grande circulation de l’argent et favoriser l’innovation, la créativité – chacun à son modèle économique, sa façon de comprendre et de composer avec les questions de fiscalité et de législation telles qu’elles se posent aujourd’hui (et elles sont nombreuses comme nous l’explique le livre blanc de la Finpart téléchargeable ici).

Voyons plus en détail le modèle de plateformes «don contre don», le plus courant

Par exemple, dans le « don contre don », on trouve les plateformes qui promettent un retour sur investissement en plus des contreparties (l’internaute est « coproducteur », type My Major Company), d’autre du don avec uniquement des contreparties (le porteur de projets garde 100 % des parts, plateforme de type Ulule, KissKissBankBank). Puis chaque plateforme à sa « ligne » artistique et son modèle économique. Beaucoup fonctionnent sur un pourcentage retenu sur la somme collectée, une « commission » (7-8 % en général).

Même si les plateformes de crowdfunding s’organisent selon des modalités et des philosophies très différentes, elles restent toutes basées sur l’accord triparti de partage entre l’artiste, l’internaute et la plateforme. On peut alors dégager trois points fondamentaux du système :

– Les internautes misent sur une production pour un montant égal ou supérieur à une contrepartie choisie.

– Les collectes durent un temps limité pendant lequel les participations se cumulent dans le but d’atteindre ou de dépasser l’objectif minimal déterminé par l’auteur ou le producteur du projet.

Tant que l’objectif n’est pas atteint les contributions des participants sont enregistrées et mises en attente, sans débit bancaire réel.

Par la suite, comme brièvement évoqué ci-dessus, les sites de financement participatif se positionnent sur deux axes, avec d’une part, des sites de coproduction qui transforment l’internaute en producteur et investisseur et, d’autre part, les sites de soutien à la création.

Dans le premier cas, les internautes achètent une « part » des résultats des artistes. Si la campagne est un succès, le contributeur récupère une partie des recettes de la production en fonction de l’importance de votre investissement dans le budget total de celle-ci. Le but de ces plateformes est de pré-sélectionner et présenter des projets « grands publics » qui auront le maximum de chances de rencontrer l’adhésion d’un large public. L’intéressement au résultat influe fortement la production artistique et la relation du contributeur à l’œuvre et à l’artiste puisque celui-ci va, de même qu’un producteur professionnel, « miser » sur la production qui lui semble la plus à même de se réaliser et remporter un succès. Le développement de nouveaux talents se fait donc dans une optique main stream (grand public) par opposition au deuxième type de plateformes, plus à même de développer des marchés de niches dont la musique, notamment électronique, savante, fait partie, sauf cas particuliers (grands artistes à succès, citons par exemple le pianiste Lang Lang ou certains chanteurs reconnus du grand public telle que Cecilia Bartoli en musique savante/classique, par exemple).

Dans le second cas, donc, le créateur conserve l’intégralité de ses droits sur sa production future. En échange du financement initial, le créateur propose aux contributeurs des contreparties ponctuelles et variables (souvent proportionnelles au montant apporté[5]). Ces plateformes (tels que Kickstarter, Ulule ) apparaissent comme créatrices de valeurs, le moteur de la participation est la possibilité de partager le processus artistique, d’avoir une relation privilégiée avec le ou les artiste(s), sans oublier l’opportunité de bénéficier d’une récompense ou d’une oeuvre en avant première ou personnalisée.

Quelques contreparties types :

– Multiples : dédicace, disque du concert live, DVD, tirages photos + accès au concert ou place à tarif préférentiel

– Mention du nom du contributeur sur divers supports (de communication, site internet ou pour le concert (programmes))

– Accès privilégié à la production (avant-première, coulisses, montée sur scène pour salut à la fin du spectacle et remerciement, verre avec l’artiste après le concert, place privilégiée, accès à la vidéo du concert en streaming)

– Master class, rencontre avec l’artiste, concert privé

– Commande d’une oeuvre, participation au concert, place privilégiée comme figurant

Souvent les plateformes de crowdfunding combinent le crowdfunding et le crowdsourcing, en permettant à l’internaute de participer au processus de création en communiquant avec le créateur soutenu, lequel peut faire appel à des expertises extérieures et aux compétences des internautes sur des points précis (par exemple, en communication ou logistique).

Je suis porteur de projet, comment je m’y prend pour que ma campagne soit un succès ?

Un des aspects les plus importants de la réussite d’une campagne en crowdfunding – et donc de la levée des fonds pour la mise en œuvre du projet -, est l’ensemble des raisons qui pousse les internautes à participer ou à contribuer à ce projet spécifiquement. De ce fait, il est nécessaire différentes conditions préalables soient réunies :

Originalité et qualité : le projet doit pouvoir permettre au public de s’y identifier (y voir un moyen de tester la demande et les attentes du public). Il doit également être attractivité : l’internaute participera s’il souhaite que le projet de l’artiste, de par sa qualité et ses spécificités, se réalise.

Objectivité : l’objectif financier doit être réaliste (la personne qui met en œuvre la campagne et budgète la production doit viser le minimum vital pour la réalisation en espérant pouvoir bénéficier d’un léger surplus)

Relations : Disposer le ou les artiste(s), l’ensemble ou l’institution doit déjà avoir une petite communauté ou une « base public ». Le crowdfunding s’avère plus performant s’il s’appuie sur une communauté[6]. Ainsi, on distingue trois « cercles » : le premier est constitué par les amis et la famille (ce noyau dur prend une large part dans les premières contributions), le deuxième par les amis d’amis (autres connaissances indirections), et le troisième, les inconnus (tous ceux qui n’ont aucun lien familial ou d’amitié directe ou indirecte avec le porteur de projet/le ou les artiste(s)). On remarque que la plupart des petits et moyens projets peuvent se financer exclusivement à partir du premier et deuxième cercle du réseau. En effet, gagner la confiance de personnes inconnues et les investir pour qu’ils donnent demande du temps et ce dernier cercle est très difficile à toucher. Plus le ou les artiste(s)/l’institution est connue et rend sa campagne visible (sur la page de son site web, blog, réseaux sociaux, via les médias etc), plus celle-ci sera à même de rencontrer un plus large public, dont des inconnus n’ayant jamais entendu parlé de l’artistes qui, interpellés par le projet, souhaiteront en savoir davantage.

Communication : Si la personne qui gère la campagne en crowdfunding ne sait pas communiquer, fédérer et animer la communauté créée, il sera impossible de lever des fonds. Il doit faire preuve de transparence totale en étant capable de maintenir un niveau d’informations élevées pour que les contributeurs continuent d’adhérer au projet, de le porter, de communiquer sur celui-ci et que d’autres internautes aient envie d’apporter à leur tour leur soutien. En effet, la possibilité de pouvoir interagir avec l’artiste ou l’organisation et de suivre le processus créatif est un des aspects novateurs et orignal donnant au public l’envie de s’investir poussé par le désir de mieux connaître l’artiste et de faire partie de « l’aventure » de la mise en œuvre du concert.

Le crowfunding, ça représente quoi ?

En décembre 2012, le site d’information crowdsourcing.org[7] estime à 536 le nombre de plateformes actives en décembre 2012 dont environ 450 actives. Les plateformes mettent la créativité à l’honneur et sur l’ensemble de ces nouveaux sites, 80 % ont pour cible la promotion de projets artistiques. Ce mouvement est considéré par Alex Goldmark[8] comme l’une des sept tendances clefs pour l’avenir avec une croissance de 60 % par rapport aux 100 plateformes existantes en 2007 pour un montant de fonds levés de l’ordre de 2,806 millions de dollars (croissance de 92 % par rapport aux 530 millions de dollars récoltés en 2007). Si les Etats-Unis se présentent comme le plus gros foyers de plateformes (191), la France n’est pas en reste avec 28 plateformes actives en 2012 (le site Ulule a aidé 1400 projets[9] depuis sa création en 2010 pour 4 millions d’euros collectés), le crowdfunding y est encore très jeune puisque 46 % des plateformes se sont formées en 2011[10].

Suite aux assises de l’entreprenariat, Fleur Pellerin a inscrit le crowdfunding comme un élément essentiel pour le développement économique et l’innovation de la France. Espérons qu’en avril, lorsque le groupe de travail et les chargés de mission du Ministère de la Culture rendrons leurs travaux, les propositions d’évolutions du cadre législatif permettront au système de prendre un réel essor et la musique, d’en profiter…

 Vidéo Fleur Pellerin Assises de l’entreprenariat


[1] BELLEFLAMME Paul, LAMBERT Thomas, SCHWIENBACHER Armin, Crowdfunding: Tapping the Right Crowd, CORE Discussion Paper No. 2011/32, SSRN eLibrary, 2011. Consulté le 15 octobre 2012

[En ligne] : http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.1578175

[2] HOWE Jeff, « The Rise of Crowdsourcing », Wired, 14 juin 2006. Consulté le 3 novembre 2012

[en ligne] : http://www.wired.com/wired/archive/14.06/crowds.html

[3] Ibidem

[4] A défaut de pouvoir être artiste lui-même, l’internaute aide un artiste de son choix. La réalisation de soi passe par la projection sur un tiers de son désir, ses envies artistiques.

[5] On notera donc ici la différence de ce système – où il n’y a pas de mesures fiscales avantageuses particulières (réduction d’impôts) et le montant des contributions n’est pas systématiquement disproportionné par rapport au don – avec le mécénat. En effet,

En outre, « les personnes physiques (artistes, par exemple) ne peuvent bénéficier du mécénat en régie directe des entreprises ni du mécénat des particulier » source : Ministère de la Culture et de la Communication, [en ligne] : http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Mecenat/Qu-est-ce-que-le-mecenat – consulté le 12 janvier 2013

d’après l’arrêté du 6 janvier 1989 « relatif à la terminologie économique et financière » le mécénat est défini comme : « Le soutien matériel apporté sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire, à une œuvre ou à une personne pour l’exercice d’activités présentant un intérêt général ». source : Admical

[en ligne] : http://www.admical.org/default.asp?contentid=64 – consulté le 12 janvier 2013

[6] Une étude de 2011 insiste également sur l’importance des « peer effects », c’est-à-dire de l’effet de réseau ou de communauté sur le bon fonctionnement du crowdfunding.

Source : BELLEFLAMME Paul, LAMBERT Thomas, SCHWIENBACHER Armin, Crowdfunding: Tapping the Right Crowd, CORE Discussion Paper No. 2011/32, SSRN eLibrary, 2011. Consulté le 15 octobre 2012

[En ligne] : http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.1578175

[7] Source : Crowdsourcing.org, « Crowdsourcing Industry Report : Market Trends, Composition and Corwdfunding Plateforms », Research Report, May 2012.

[en ligne] : http://www.crowdsourcing.org/document/crowdfunding-industry-report-abridged-version-market-trends-composition-and-crowdfunding-platforms/14277 consulté le 10 janvier 2013.

[8] Alex Goldmark, «The Year in Social Innovation : Seven Key Trends », good.is, 17 décembre 2011.

[en ligne] : http://www.good.is/posts/the-year-in-social-innovation-seven-key-trends consulté le 10 janvier 2013

[9] en comparaison : Kickstarter (la plus grosse plateforme aux Etats-Unis) : Ainsi depuis le lancement en avril 2009 et jusque mars 2011, le site a récolté (en

dollars)

Au total : 53.107.672 $

Projets réussis : 40 millions de $

Projets dont la collecte échouée et l’argent non remis : 7 millions de $

Projets en cours : 6 millions de dollars

Taux de réussite : environ 85%

Projets lancés : 20.371

Projets réussis : 7.496

Source : [en ligne] : http://www.kickstarter.com/ – consulté le 10 janvier 2013

[10] source : LEDRU Julien, LE GALL Pauline, « Infographie du crowdfunding », Tart-in, 9 avril 2012. Consulté le 18 octobre 2012

[en ligne] : http://tart-in.tumblr.com/post/20835002747/infographie-du-crowdfunding-realisee-par-julien

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