alex beaupain : la star du jour…

Jeudi 18 avril. Huit heures du matin, je me réveille comme depuis des années avec les informations de France Musique. Elles sont brèves et vont à l’essentiel.

À 8h10 arrive le héros du jour : Alex Beaupain. Depuis des années, France Musique cherche à élargir son auditoire ; l’antenne flirte donc de plus en plus avec les musiques actuelles mais sans réels résultats.

Le bonhomme a sorti un nouvel album : « Après moi le déluge ».

Après quelques échanges que je ne capte pas dans mon demi sommeil, on envoie un titre intitulé « Je suis un souvenir ». Elle me donne envie d’éteindre la radio et la tranche matinale fait donc son travail : elle me réveille !

La composition commence par un accord de 7e sur mi et les 2 accords suivants glissent sur cette unique couleur harmonique usée jusqu’à la corde.

Une rythmique de base s’installe dès le 2e accord : petit ronron bien carré de cymbale avec ajout d’une formule simple sur 1er et 3e temps (sans doute avec un synthétiseur) pour conduire au bout de 45’ à l’ajout d’un contretemps grossier à la caisse claire (un bon coup de syncope à chaque temps : de quoi faire mourir des oreilles saines en 10 secondes) et cela va durer 2 minutes pleines.

Après ce traitement de choc, on s’aventure vers une autre couleur harmonique (la mineur) dans laquelle on ne reste pas : on l’effleure donc pour retrouver la couleur de départ comme si ce bref voyage risquait de déboussoler les oreilles adolescentes pour qui la chanson semble faite (ou tout simplement dépasse les moyens du « chanteur »…).

La rythmique n’a pas évolué d’un iota et à 1’50’’, le début de la chanson fait un retour en gloire au piano seul. Bis repetita : un nouveau départ pour le vieux moteur, jusqu’à ce qu’à 2’20’’ un contrechant sans originalité joué au synthétiseur vienne ponctuer le discours : il ne présente aucun intérêt car il ne fait que passer de la tonique à la dominante (mi, ré, do, si) créant un retard harmonique à chaque carrure (ça date du XVIIe siècle avec l’invention instrumental en sus). À partir de la troisième minute, la composition s’envole vers des sommets d’originalité avec un contrepoint un peu plus élaboré (qui fait couler des torrents de larmes à la petite fille de la vidéo : non je n’ai pas fait l’analyse dans mon lit) :

À 4’, la chanson est enfin terminée.

Mais non, ça recommence avec des relents de synthétiseurs qui se dégonfle, puis la même batterie s’ajoute (on en peut plus), agrémentée de quelques sons électroniques. Les paroles répètent inlassablement le titre : « Je suis un souvenir », puis tout s’évapore dans un accord d’orgue et des violons qui couinent.

Le tout a duré la bagatelle de 6’29’’…

Alors peut-être que la richesse se trouve dans les paroles ?

Voyons :

Je suis ma mère qui dit

Et mon père qui se tait

Je suis ce qui grandit

Trop vite et puis après

Je suis celui d’avant

Qu’on regrette je ne suis

Déjà plus un enfant

Un berceau puis un lit

Passé le temps des couches

Ces heures que rien n’arrête

Un pouce dans la bouche

Bientôt une cigarette

Je suis ma sœur qui pleure

Parce qu’à douze ans je dis

Que je voudrais qu’elle meure

Je suis mes saloperies

Je suis des autoroutes

Qui sillonnent la France

En octobre et an août

En automne en vacances

Je suis la mer immense

Les forces de l’esprit

Je suis des gens qui dansent

Aux 20 ans d’un ami

Je suis tous ceux que j’aime

Longtemps et plus du tout

Je  suis resté le même

Pourquoi pas eux du coup

Je suis combien de croix

Je suis combien de tombes

Avant que je ne ploie

Je suis la neige qui tombe

Le bruit de mes chaussures

Dans le blanc de décembre

Et mes éclaboussures

Dans le noir de mes jambes

Je suis un corps qui tremble

Sous tes caresses je suis

Pas grand chose il me semble

Que je suis aujourd’hui

Hier et puis demain

Je suis la vie qui passe

Déjà je suis un train

Et des photos de classe

Je suis un dernier souffle

Je suis un premier cri

Un vieil homme aux pantoufles

Un bébé en body

Je suis tout résumé

Le meilleur et le pire

Quand tout est consumé

Je suis un souvenir

À moins que vous ne trouviez là le Verlaine du XXIe siècle, pour moi, cela se passe de commentaires. D’autant plus que j’ai passé un bon quart d’heure à recopier ce texte bidon alors qu’il suffit d’aller sur :

http://www.paroles2chansons.com/paroles-alex-beaupain/paroles-je-suis-un-souvenir.html

C’est bien fait pour moi : je n’ai pas encore tous les réflexes…

Alors l’originalité se trouve sans doute dans la ligne mélodique ? Las, elle est formée de 4 notes qui pour ajouter à l’originalité suivent l’harmonie à  la lettre et sont —  à la mode d’aujourd’hui — susurrées dans le micro par un chanteur sans voix qui parle plus qu’il ne chante : l’Artiste.

J’apprends avec consternation qu’il est le chanteur préféré de notre actuel président de la république. Plus rien ne m’étonne, et certainement pas les goûts musicaux des hommes politiques : depuis De Gaulle, ils sont tous sourds. Le public est sourd aussi, et les critiques, et les journalistes : la nouvelle star fait la couverture de Télérama…

Pour moi, j’en ai un peu ras le bol qu’on encense du vide, ou pour utiliser une formule plus crue d’un de nos grands hommes : « il faudrait qu’on arrête d’encenser de la merde » (Gérard Depardieu). Pourtant il ne s’est pas privé d’en faire…

Alors je retourne à mes valeurs sûres. Il y a plus de musique dans 5’ secondes de Chopin que dans cette logorrhée incolore et inepte. Lorsqu’on demande aux musiciens de s’exprimer sur ces productions, ils sont de plus en plus effrayés par le politiquement correct. On ne peut pas dire que ça ne vaut rien : on va être ringardisés ; ils sont donc souvent insincères.

Oui, je sais c’est le grand divorce entre la musique classique et les musiques populaires. Les musiciens de conservatoire regardent de haut les musiciens de rock, de variété, de tout le reste… Eh bien oui ! J’entends divorcer de ce genre d’âneries et la mondialisation du goût dictée par les radios ou le ministère de la culture me donne la nausée ou plutôt m’indiffère.

Avant tout, j’aime la musique d’art et les musiques du monde authentiques. Le jazz et la chanson peuvent m’interpeller mais certainement pas toute cette bauge plus proche de la lessive que de l’art. Je ne vais tout de même pas m’obliger à me nourrir au Mc Donald pour être dans le vent !…  S’il m’arrive d’y mettre les pieds, à la différence de ceux qui ne connaissent que ça, je sais à quel prix j’y consommerai ce dont j’ai besoin : une omelette sans les œufs mais bien baveuse et en matière d’art, je n’ai nul besoin de ce genre d’articles !

 

9 mai 2013

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Une réflexion sur “alex beaupain : la star du jour…

  1. Un ange qui passait dit :

    Critique intéressante quoiqu’un peu trop à charge et au final assez peu argumentée.

    Serait-il possible d’avoir un aperçu de vos propres créations musicales afin d’avoir une idée de la qualité et l’originalité de vos harmonies et de vos instrumentations à vous?

    De même, cela nous permettrait de s’assurer également de la pertinence et de l’élégance de vos textes.

    Vous citez Chopin comme référence ultime, mais ne pensez-vous pas que Chopin n’a jamais fait l’objet de critiques du même acabit que la vôtre en son temps? N’a-t-on jamais trouvé une de ces œuvres banale ou ne présentant rien de singulier?

    Quant à la « bauge » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bauge), c’est un matériau traditionnel et très beau qui devrait pourtant vous plaire tant vous semblez ancré dans la nostalgie de la musique ancienne et du « c’était mieux avant »…

    Vous avez sans doute voulu dire « fange »?

    Bien à vous…

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