Le Coup d’Eclair des Disquaires

Record Store Day US 2013

Record Store Day US 2013

A la question « le numérique a-t-il tué le support physique ? », vous obtiendrez probablement l’affligeant acquiescement unanime des majors et des professionnels du disque, tantôt résignés et tantôt fatalistes. Le téléchargement illégal dénoncé coupable, le futur du compact disc ne se dessine, au 21e siècle, que trop abstraitement dans le viseur des majors.

Et pourtant, dans le petit monde des indés, la défaite est de courte durée. A coup d’associations, de réunions, d’intellectualisation et de concrétisation, les stratégies de sauvetage du support physique sortent enfin la tête de l’eau. Et à l’origine du sauvetage, Michael Kurtz et ses compères biberonnés à l’American Dream. Président du Music Monitor Network, il fonde en 2007 aux Etats-Unis le Record Store Day, en s’inspirant du Free Comic Book Day, qui a pour ambition de rassembler les consommateurs dans leurs commerces de proximité. Appliqué aux vinyles, le concept a modifié les variables. L’objectif ? Inciter les consommateurs à se rendre dans les disquaires indépendants en proposant l’inédit. Rééditions sold out et avant-premières, titres inédits et duos improbables, la première édition est une réussite tangible. Et c’est avec pour leitmotiv « First come first serve » que les consommateurs se sont rendus en masse dans leurs disquaires de proximité. Avec un soutien affirmé des artistes et labels, mais aussi et surtout grâce à une promo hyperactive sur la Toile, le Record Store Day prend de l’ampleur année après année, pour se répandre comme un mouvement révolutionnaire dans la planète indé, la résurrection du disque vinyle à l’honneur.

Depuis 2008 aux Etats-Unis et 2011 en France, lors du troisième samedi du mois d’avril, les disquaires de par le monde célèbrent le printemps du vinyle, merchandising et disques vinyles « nulle-par-ailleurs » fleurissant de parts et d’autres. Le concept est alors d’éditer un nombre limité de vinyles labellisés Record Store Day, soigneusement choisis par l’association nationale regroupant les disquaires indés (en France, le CALIF – Club Action des Labels Indépendants de France) et en étroite collaboration avec les artistes. Les vinyles seront alors délivré aux disquaires participant à l’opération. Mais la cause a gagné d’autres passionnés : Agnès B. a hébergé dans ses locaux parisiens le célèbre disquaire rock indé d’outre-Manche ROUGH TRADE le temps d’un week-end, tandis que PIAS France a exceptionnellement ouvert ses locaux aux curieux et ressorti son fonds de catalogue. Concerts acoustiques, showcases, lives et djsets, ce samedi 20 avril 2013 a réjouit amateurs et professionnels, délivrant comme un avant-goût de la fête de la musique et surtout prêchant l’authenticité du support physique. Pochettes artistiquement travaillées et disques colorés, le rapport du consommateur au medium musical qu’est le vinyle s’est trouvé, le temps d’une journée du moins, fortement consolidé. Mais si l’opération doit notamment son succès à l’effet « vintage » du disque vinyle parmi le flot de numérisation du 21e siècle, c’est avant tout une préparation adéquate du terrain sur le web qui a permis une telle réussite. De l’app pour smartphones permettant de localiser les disquaires, les copies dispo et les titres inédits dans votre région, aux pochettes teasers annonçant chaque jour du mois précédant l’opération les releases à découvrir, en passant par la soirée sur invitation à gagner sur le site du Disquaire Day regroupant des artistes y ayant collaboré, il semble que les stratégies de web marketing ont su côtoyer à merveille le disque vinyle. Chaînes Youtube et Vimeo ultra-fournies, twitters up-to-date… et si l’on rentabilisait les réseaux sociaux ? En France, ce sont 150 artistes qui ont apporté leur soutien au Disquaire Day dans 176 disquaires indépendants à travers la France. 

Alors, à la question « le numérique peut-il sauver la galette noire ? », vous obtiendrez probablement l’enthousiaste acquiescement des disquaires et artistes indépendants.

Record Store Day 2013 aux USA – Le pressing des vinyles par Jack White, Ambassadeur

JACK WHITE: RECORD STORE DAY 2013 AMBASSADOR from Record Store Day on Vimeo.

Le « rituel du disquaire » par la scène parisienne indé :

Disquaire Day, Paris 2013 from Rose Saumon on Vimeo.

Patachou. 

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Une réflexion sur “Le Coup d’Eclair des Disquaires

  1. Article très intéressant qui relaie une initiative louable! Par contre, je ne crois pas qu’il y ait d’unanimisme dans le monde de la musique enregistrée quant à l’avenir du disque. La dématérialisation de la musique est un fait mais de nombreux professionnels se débattent pour trouver des stratégies à même de compenser les pertes liées à la chute des ventes de disques (développement de l’édition, des stratégies 360° intégrées…).

    De plus, peut-on parler de planète indé? On oppose trop souvent les majors aux indépendants. Or, si les process et les profils des labels divergent, la finalité reste la même : vendre des disques.
    La frontière est parfois ténue. Certains labels indépendants s’adossent à des majors, je pense notamment à Atmosphériques et Sony qui ont signé fin 2012 des accords de distribution. Les Majors proposent également leur lots de projets créatifs. Bref, je trouve les termes de labels et d’artistes indépendants quelque peu dépassés et convenus. On diabolise souvent les majors pour mieux sacraliser les petits.

    D’autre part, n’oublions pas que l’inventeur du microsillon est Eddie Barclay, producteur historique et fondateur d’une des pierres angulaires d’Universal Music, Barclay. Le vinyl n’appartient donc à personne. Pas davantage aux milieux dits « underground » qu’au grand public et aux majors. Les majors distribuent également des vinyls. Il est donc difficile de définir l’univers des indés comme un microcosme.

    En ce qui concerne la galette noire, il y a les fantasmes et la réalité. Les vinyls ont la cote mais la progression de leurs ventes reste relative. Il s’agit d’une tendance et non d’une révolution. Le vinyl est davantage aujourd’hui un objet pop art qu’un support en devenir à mon sens.

    Le Disquaire Day et son extension à divers pays reflète ainsi une tendance. C’est un rendez-vous événementiel, un phénomène et pas davantage!

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