La révolution numérique court toujours

La découverte du microprocesseur dans les années 70 a marqué une étape importante dans la société post internet. Depuis, l’ensemble de la vie sociale d’aujourd’hui se trouve bouleversé par les technologies numériques qui accompagnent la vie quotidienne de chacun des citoyens. Les générations les plus anciennes se sont également laissées séduire par les nouvelles perspectives qu’offrent Internet.

L’apparition des réseaux sociaux a marqué une étape importante dans les comportements des usagers, laissant la place à la création de nouveaux codes. L’internaute intervient, réagit de façon instantanée sur l’actualité, avec autant de poids et de légitimité que pouvait avoir un journaliste. C’est tout un système économique qui se trouve modifié, tout particulièrement l’économie du disque qui tente de faire face à l’accession gratuite des internautes aux œuvres culturelles via les plateformes. Les producteurs phonographiques se sont trouvés désorientés, n’ayant pas vraiment mesurés l’impact des nouvelles technologiques dans l’évolution de leurs métiers.

De nombreux artistes ont déjà bien saisi tout l’enjeu et le pouvoir qu’offre l’ère numérique. La grande Reine du R&B, Beyoncé a sorti son nouvel album au mois de décembre 2013 sans passer par les circuits traditionnels de distribution et de longues séries de promotion sur les plateaux de télévisions. Au contraire, l’artiste en a même caché l’existence jusqu’au dernier moment. Un simple mot : « surprise », accompagné d’une photo sur les réseaux sociaux a signifié aux fans la sortie de son 5ème album sur la plateforme I-tunes.Ce pari risqué, s’est avéré très rapidement plus que satisfaisant. L’album s’est hissé à la tête des meilleures ventes en seulement trois jours, avec pas moins de 617 000 exemplaires. La force des réseaux sociaux est comparable à une longue tournée de promotion d’album, et offre aux artistes l’avantage de se préserver de cette fastidieuse corvée qui paralyse leurs agendas sur plusieurs mois, les coupant de leurs activités principales.

Le statut d’artiste se modifie, permettant désormais de partager sa musique sans être obligé de disposer d’un contrat avec une maison de disque. Les internautes peuvent librement choisir leurs musiques sans être dépendant de l’offre de leurs disquaires le plus proche. C’est toute l’industrie du disque qui s’est retrouvée propulsée dans un autre temps, laissant la place à un nouveau mode de consommation de la musique dont les majors tentent d’en reprendre le contrôle depuis une quinzaine d’années. Les revenus de la musique enregistrée dans le monde ont reculé, le chiffre d’affaire des majors a baissé de 16.7 % en 2013.

Néanmoins, pour la première fois cette année, les revenus des ventes physiques sont devancés par les ventes numériques avec un revenu total estimé à 5.9 milliards de dollars (2013). Les majors peuvent-elles enfin croire à la fin d’une longue période de tourmente et penser à un avenir plus serein avec le streaming ?
Source : Le Monde

Quotas de diffusion français : un réaménagement plus que nécessaire

Le CSA est en pleine réflexion quant à la loi du 1er février 1994 concernant les quotas de diffusion francophone et propose des aménagements qui porteront sur deux obligations à assouplir :

– les radios découverte (qui prennent déjà un risque en diffusant des artistes en développement), les radios au style spécifique (diffusant par exemple du hip hop ou de l’électro),

– l’aide aux artistes français mais pas forcément d’expression française.

QUOTAS : UN FREIN À LA CRÉATION ?

Rappelons qu’aujourd’hui encore, une proportion de 40% de chansons d’expression française diffusées est imposée aux radios privées, sous peine d’amendes, obligeant les producteurs phonographiques à jouer les équilibristes pour formater et faire rentrer les chansons dans le quota, avec un impact direct sur les créateurs.

Pour illustrer les aberrations que cette loi suscite et son nécessaire aménagement, je vous propose de vous mettre dans la peau, pour quelques instants, d’un artiste en studio… Autant dire que ça sent le vécu :

Ca y est tu es signé ! La gloire est en marche ! Et tu es dans le train.

Tu es en studio depuis des jours (des nuits !), parfois des mois, entre la phase de création et les pré-maquettes que tu as réalisées comme tu le pouvais avec ton iPhone, les maquettes et pré-prod sur lesquelles ton réalisateur s’est beaucoup impliqué, bref, tu arrives à quelque chose qui commence à se tenir. D’ailleurs, les titres de ton premier album sont arrêtés, et le premier single se dessine, en accord avec ta maison de disques (tu t’es d’ailleurs assez pris le bec avec ton directeur artistique parce que tu aurais voulu que le premier single soit le titre X mais qu’au final c’est le titre Y qui sortira). Soit. Tu peux maintenant commencer à avoir une vision plus précise de ce à quoi ton album chéri va ressembler.

Tu te dis que tu tiens le bon bout ?

Pas si vite… Vient le tour des écoutes : car tout le monde écoute. La promo écoute, le marketing écoute, tes amis écoutent, ta famille écoute, tu as 10 000 retours, 10 000 avis. Tu en veux encore ? Pas de problème : ta maison de disques ramène une tripotée de partenaires média en studio. Tu pensais pouvoir finaliser ton album et ton single dans le calme ? Attends-toi à en suer un moment…

« C’est super mais… On n’est pas quota… » « On n’est pas quoi ? » « Quota ». Le mot est lâché. Et ce mot va t’obséder. Tu ne sais pas ce que c’est au juste toi, un quota. Un quota, c’est un pourcentage, non ? Qu’est-ce que ce mot vient faire quand on parle de musique ? Et puis ton D.A. a pourtant validé, non ? Ben, il avait bien quelques doutes, mais lui aussi n’a pas vu le quota débouler.

Désormais, toutes les discussions vont s’axer autour du quota. Car en musique, pas de quota, pas de chocolat, pas de diff, pas de partenaires radio, pas de single quoi. Car si on fait encore des singles, c’est bien pour que ça rentre en playlist !

Ton premier single, ton heure de gloire, tout ça partirait en lambeau à cause du quota ? Mais toi aussi, tu as eu le malheur de vouloir sortir un album Electro. Quelle folie ! Pourtant tu es un artiste anglais, alors le quota, ce n’est pas pour toi, non ?

Ben si coco, parce que tu sors d’une émission de télé crochet française et que ton album sort en France. Alors tu te plies, tu adules le quota. Compris ? Compris. Le quota va devenir ton meilleur ennemi.

Panique à bord : on rappelle les auteurs en studio pour essayer de trouver une solution à ce problème. Tout le monde veut les 40% d’expression française dans ton single et passer, même de justesse, la certification « quota » délivrée par le CSA. Fini les considérations artistiques : callez-nous du Franglais, il faut que ça rentre ! Alors, sans pitié, on passe du « Everyone jump on the floor » à « Tout le monde jump sur le bar ». Comme ça c’est cool, on garde l’esprit du titre ! Pleure pas coco, c’est pour le single uniquement, celui avec lequel tu seras exposé. Si tu es sage, on sortira la version anglaise en bonus de ton album, ou pas. L’accent ? On s’en accommodera. De toute façon on n’a pas le choix.

En studio, ça chronomètre frénétiquement : mot français, stop. Mot anglais, stop. Mot franglais ? Personne ne sait. Tout le monde transpire, la date de sortie approche, implacablement.

Allez, on la tente comme ça. Après deux jours d’un suspense intense, enfin, le sésame, le Graal : tu l’as ta certification… La gloire est au bout de ce petit papier… Après, que le titre « teste » auprès du public ou qu’il ne « teste pas », ça c’est une autre histoire…

Trash (tout le monde jump sur le bar), de Matthew Raymond Barker, est sorti en digital le 19 septembre 2011 (Jive Epic) :

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En savoir plus sur les critères pris en compte pour mesurer les quotas

DES PROPOSITIONS INSUFFISANTES, QUI « RATENT LEUR CIBLE » ? 

L’Express relayait, dans un article du 9 janvier 2014, que le SNEP, la SACEM et l’ADAMI se sont dit « profondément déçus » par les aménagements envisagés, arguant que le fond du problème tient plus à la

« surexposition extrême de certains titres, l’uniformisation des programmations et l’absence de diversité musicale au sein des radios jeunes ».

Le problème est complexe, et il y a certes beaucoup à faire, mais du point de vue des créateurs, de tels assouplissements répondent à une réalité de terrain et en ce sens, il serait très appréciable que ces mesures soient rapidement mises en place.