Quotas de diffusion français : un réaménagement plus que nécessaire

Le CSA est en pleine réflexion quant à la loi du 1er février 1994 concernant les quotas de diffusion francophone et propose des aménagements qui porteront sur deux obligations à assouplir :

– les radios découverte (qui prennent déjà un risque en diffusant des artistes en développement), les radios au style spécifique (diffusant par exemple du hip hop ou de l’électro),

– l’aide aux artistes français mais pas forcément d’expression française.

QUOTAS : UN FREIN À LA CRÉATION ?

Rappelons qu’aujourd’hui encore, une proportion de 40% de chansons d’expression française diffusées est imposée aux radios privées, sous peine d’amendes, obligeant les producteurs phonographiques à jouer les équilibristes pour formater et faire rentrer les chansons dans le quota, avec un impact direct sur les créateurs.

Pour illustrer les aberrations que cette loi suscite et son nécessaire aménagement, je vous propose de vous mettre dans la peau, pour quelques instants, d’un artiste en studio… Autant dire que ça sent le vécu :

Ca y est tu es signé ! La gloire est en marche ! Et tu es dans le train.

Tu es en studio depuis des jours (des nuits !), parfois des mois, entre la phase de création et les pré-maquettes que tu as réalisées comme tu le pouvais avec ton iPhone, les maquettes et pré-prod sur lesquelles ton réalisateur s’est beaucoup impliqué, bref, tu arrives à quelque chose qui commence à se tenir. D’ailleurs, les titres de ton premier album sont arrêtés, et le premier single se dessine, en accord avec ta maison de disques (tu t’es d’ailleurs assez pris le bec avec ton directeur artistique parce que tu aurais voulu que le premier single soit le titre X mais qu’au final c’est le titre Y qui sortira). Soit. Tu peux maintenant commencer à avoir une vision plus précise de ce à quoi ton album chéri va ressembler.

Tu te dis que tu tiens le bon bout ?

Pas si vite… Vient le tour des écoutes : car tout le monde écoute. La promo écoute, le marketing écoute, tes amis écoutent, ta famille écoute, tu as 10 000 retours, 10 000 avis. Tu en veux encore ? Pas de problème : ta maison de disques ramène une tripotée de partenaires média en studio. Tu pensais pouvoir finaliser ton album et ton single dans le calme ? Attends-toi à en suer un moment…

« C’est super mais… On n’est pas quota… » « On n’est pas quoi ? » « Quota ». Le mot est lâché. Et ce mot va t’obséder. Tu ne sais pas ce que c’est au juste toi, un quota. Un quota, c’est un pourcentage, non ? Qu’est-ce que ce mot vient faire quand on parle de musique ? Et puis ton D.A. a pourtant validé, non ? Ben, il avait bien quelques doutes, mais lui aussi n’a pas vu le quota débouler.

Désormais, toutes les discussions vont s’axer autour du quota. Car en musique, pas de quota, pas de chocolat, pas de diff, pas de partenaires radio, pas de single quoi. Car si on fait encore des singles, c’est bien pour que ça rentre en playlist !

Ton premier single, ton heure de gloire, tout ça partirait en lambeau à cause du quota ? Mais toi aussi, tu as eu le malheur de vouloir sortir un album Electro. Quelle folie ! Pourtant tu es un artiste anglais, alors le quota, ce n’est pas pour toi, non ?

Ben si coco, parce que tu sors d’une émission de télé crochet française et que ton album sort en France. Alors tu te plies, tu adules le quota. Compris ? Compris. Le quota va devenir ton meilleur ennemi.

Panique à bord : on rappelle les auteurs en studio pour essayer de trouver une solution à ce problème. Tout le monde veut les 40% d’expression française dans ton single et passer, même de justesse, la certification « quota » délivrée par le CSA. Fini les considérations artistiques : callez-nous du Franglais, il faut que ça rentre ! Alors, sans pitié, on passe du « Everyone jump on the floor » à « Tout le monde jump sur le bar ». Comme ça c’est cool, on garde l’esprit du titre ! Pleure pas coco, c’est pour le single uniquement, celui avec lequel tu seras exposé. Si tu es sage, on sortira la version anglaise en bonus de ton album, ou pas. L’accent ? On s’en accommodera. De toute façon on n’a pas le choix.

En studio, ça chronomètre frénétiquement : mot français, stop. Mot anglais, stop. Mot franglais ? Personne ne sait. Tout le monde transpire, la date de sortie approche, implacablement.

Allez, on la tente comme ça. Après deux jours d’un suspense intense, enfin, le sésame, le Graal : tu l’as ta certification… La gloire est au bout de ce petit papier… Après, que le titre « teste » auprès du public ou qu’il ne « teste pas », ça c’est une autre histoire…

Trash (tout le monde jump sur le bar), de Matthew Raymond Barker, est sorti en digital le 19 septembre 2011 (Jive Epic) :

Image

En savoir plus sur les critères pris en compte pour mesurer les quotas

DES PROPOSITIONS INSUFFISANTES, QUI « RATENT LEUR CIBLE » ? 

L’Express relayait, dans un article du 9 janvier 2014, que le SNEP, la SACEM et l’ADAMI se sont dit « profondément déçus » par les aménagements envisagés, arguant que le fond du problème tient plus à la

« surexposition extrême de certains titres, l’uniformisation des programmations et l’absence de diversité musicale au sein des radios jeunes ».

Le problème est complexe, et il y a certes beaucoup à faire, mais du point de vue des créateurs, de tels assouplissements répondent à une réalité de terrain et en ce sens, il serait très appréciable que ces mesures soient rapidement mises en place.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s