«Tous les mêmes et y’en a marre!»

On le voyait venir depuis quelques mois au fil des annonces des festivals mais c’est désormais une certitude : Fauve arrive en tête des programmations des festivals français du printemps et de l’été. Il seront dans 23 festivals entre avril et septembre, dont quelques-uns des plus gros de l’Hexagone (Vieilles Charrues, Solidays, Francofolies, Printemps de Bourges, Garorock). A noter que le groupe fait l’impasse sur les deux gros festivals où les vieux frères s’étaient faits la main l’an passé : Les Eurockéennes et Rock en Seine. « On avait toujours l’habitude de jouer dans des bars ou dans des petits clubs quand on s’est retrouvés sur des scènes de festival comme les Eurocks ou Rock en Seine. Et même si c’était les plus petites scènes, pour nous elles étaient gigantesques. Certains d’entre nous n’avaient même pas prévu de jack assez long pour se déplacer. »

Derrière, on retrouve le duo Cats on Trees. La signature pop/rock de Tôt ou Tard vient chiper la deuxième place à deux mastodontes qu’on attendait évidemment dans ce top : Stromae et –M-. Nouveauté par rapport à l’an passé : les 20 artistes présents dans ce top des squatteurs sont tous francophones. Pour Kem, programmateur aux Eurocks, cette situation s’explique facilement :   »L’uniformisation des festivals se passe surtout pour les groupes francophones mais c’est tout à fait logique puisque ces groupes ont du mal à s’exporter. Et puis, si vous faisiez ce type d’étude sur l’Angleterre, je suis sûr que vous trouveriez des squatteurs anglais. »

A noter que contrairement aux deux années précédentes, un tourneur ressort largement de ce top des squatteurs : Auguri gère en effet un quart des 20 groupes du classement (Stromae, -M-Hollyziz,Julien Doré et Yodelice). Les 15 autres artistes sont gérés par 10 tourneurs différents.

Parmi les 20 groupes de ce top 2014, trois étaient déjà dans les squatteurs de l’an passé : Skip the Use, -M- et La Rue KetanouSkip the Use est le seul groupe présent dans le classement depuis trois ans consécutifs. Pour Hedi Hassouna , programmateur au Rock dans tous ses Etats, « il y a des profils très différents dans ces squatteurs de festivals : ce n’est pas gênant qu’en 2013, Stuck in the Sound ou Lescop aient planté leurs tentes tout l’été. C’est même assez positif. En revanche, quand il s’agit des têtes d’affiche, quelques fois même d’une année sur l’autre, c’est plus embêtant. »

A voir ces groupes enchaîner les dates estivales, on peut se demander si le public ne va pas saturer. Pour Hedi, la question ne se pose pas vraiment : « Le public des festivals a beaucoup évolué depuis 10 ans. Les cercles d’influence se sont resserrés et le public s’est régionalisé. On ne fait plus des centaines de kilomètres pour voir un artiste. A la limite on peut le faire pour une programmation dans sa globalité, une ambiance, un cadre…  Pour les vrais feignants ou les pressés, quelques festivals exhaustifs proposent la totalité des squatteurs en deux ou trois jours. Ça a un coté pratique et rassurant. »

Trois festivals accueilleront les trois squatteurs du podium : Les Francofolies, le Printemps de Bourges et les Papillons de NuitBourges accueille même 9 des 20 squatteurs 2014, La Rochelle en accueillera 8. Mais logiquement, ce sont des événements de plus petite envergure qui se retrouvent avec un ratio squatteurs/nombre de groupes programmés le plus important. Pour Joran Le Corre de Wart (tourneur et organisateur de Panoramas) , « le nombre d’événements a considérablement augmenté en 10/15 ans. Du coup, c’est un peu la course à l’échalote pour s’en sortir et attirer des spectateurs. Et il est vrai que certaines têtes d’affiche fédèrent et assurent le remplissage. C’est indispensable pour survivre. Du coup, les festivals se distinguent plus les uns des autres avec les secondes lignes une fois les têtes d’affiche bookées. »

Même son de cloche du côté d’Hedi (Rock dans tous ses Etats) : « Avec plus de 250 festivals estampillés musique actuelles, l’effet de masse accentue encore cette impression. C’est indéniable qu’il y a depuis 15 ans une uniformisation et surtout du déplacement de la ligne artistique de grands événements comme les Vieilles Charrues ou les Eurockéennes, et par l’appropriation des collectivités du phénomènes musiques actuelles. Le ville de Rouen, par exemple, décide cette année de créer un événement musical estival : il y a 15 ans, elle aurait programmé Johnny ou Yannick Noah. Aujourd’hui elle se place sur Metronomy et Skip The Use. »

 

Une obligation économique

Plusieurs raisons peuvent justifier cette analogie entre les programmations. «Une grande partie de ces festivals ont d’un côté une mission populaire et doivent de l’autre s’adapter à la loi de l’offre et de la demande, explique Thierry Langlois, programmateur du Printemps de Bourges et Garorock. Ces artistes sont présents pour répondre à la fois aux attentes du public et à nos objectifs économiques». Une double nécessité dont dépend la survie d’un événement de ce genre. «Quand on organise un festival, on cherche à programmer ceux qui vont garantir un remplissage maximal», ajoute Dominique Revert, en charge des festivals Musilac, Garorock, les Déferlantes d’Argelès et Beauregard.

Les programmateurs sont également clairement dépendants de l’activité des artistes. «Nos possibilités se restreignent souvent aux formations qui sont en tournée, en espérant être idéalement placés géographiquement sur leur route, commente Thierry Langlois. Il est très coûteux de faire venir un artiste qui n’est pas en tournée». Pour les deux spécialistes, le problème de voir les mêmes artistes dans plusieurs festivals n’en est pas un. Aujourd’hui, les festivals attirent «un public plus local que national». À part dans des régions régions riches en «festoches» comme la Bretagne, la concurrence entre festival n’existe pas réellement.

Pour l’originalité, il faudra chercher ailleurs

De plus, cette homogénéisation n’est pas volontaire: on ne copie pas expressément la programmation de son voisin. Au contraire, on s’attelle à des choix artistiques et stratégiques pour se distinguer. «Un festival, ce n’est pas que de la musique, mais une fête, tranche Dominique Revert. Il faut donc regarder ce qui se trouve autour pour cerner l’identité et l’originalité de celui-ci». Les petits groupes à découvrir sur les scènes annexes, les animations proposées, les causes défendues comme la lutte contre le Sida des Solidays, tant d’éléments qui participent à rendre un festival unique.

Si vous n’arrivez toujours pas à choisir votre festival au milieu de toute cette masse uniforme, que ces programmes à la cohérence musicale incertaine vous rebute, une solution s’offre à vous: opter pour les festivals spécialisés dans un genre musical. Le Hellfest et le Sonisphère pour le metal et le hard-rock, les Nuits sonores de Lyon pour l’électro ou encore Marciac pour le jazz offrent, eux, une programmation singulière, même si elle s’adresse souvent à un public averti.

Par Sourdoreille.net et Mathieu Rollinger pour le Figaro.fr

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s