Le CENTQUATRE, acteur clé de la politique culturelle de la Ville de Paris et de la Région Ile-de-France.

Les politiques culturelles régionales et parisiennes s’accordent pour favoriser la diffusion à un public plus large et auprès des personnes moins favorisées. C’est donc naturel qu’un grand établissement public ait été créé dans le 19e arrondissement de Paris dans les anciennes Pompes Funèbres de Paris. D’autres établissements ont vu le jour ces dernières années suivant un plan de réhabilitation de quartiers prioritaires[1] comme par exemple la Maison des Métallos dans le 11e arrondissement, et la gaité Lyrique dans le 3e arrondissement, ancien théâtre d’Offenbach transformé en lieu de création de l’art numérique. Ces différents lieux de diffusion offrent aussi des lieux de résidences pour les artistes en favorisant le lien entre l’artiste et les habitants.

Créer de nouveaux équipements structurants

La réhabilitation de ces zones s’est faite avec la création d’équipements culturels structurants qui reprennent des lieux historiques parfois abandonnés ou menacés de destruction comme la Gaité lyrique ou le Centquatre. Le dernier équipement inauguré est le Louxor, dédié au cinéma d’art et d’essai avec une programmation à la semaine et des animations pour le quartier comme un cinéma de province. A la consommation de la culture on oppose le lien social de proximité.

L’art numérique (dont le spectacle vivant et la musique) fait partie des nouvelles disciplines artistiques à faire connaitre au public.  En dehors des lieux dédiés, comme la Gaité Lyrique et la Maison des Métallos, le Centquatre offre une programmation artistique très large, Elle s’intéresse à l’ensemble de la création contemporaine dont l’art numérique, le spectacle vivant, la musique, la vidéo, le théâtre, etc.

La prise en compte des besoins des artistes par la Ville s’est traduite par plus d’espaces de créations avec une approche pluridisciplinaire et un lien fort avec le public et les habitants.

De son côté, l’Etat par l’intermédiaire de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France finance les actions de démocratisation d’accès à la culture notamment auprès des publics considérés comme prioritaires, comme les habitants de quartiers défavorisés où la Région et la Ville ont mis en place les équipements structurants.

Paris

Le CENTQUATRE

L’ambition du CENTQUATRE, qui est un EPCC géré par la Ville et le département de Paris, est de proposer la chaine complète de création et de production artistique au public. Au-delà du projet architectural de conservation, le lieu est conçu avec une grande artère au centre et des espaces de production et de diffusion sur les côtés.

C’est un lieu culturel aux multiples usages et aux multiples publics. Comme évoqué auparavant, c’est un espace de résidence pour la production artistique où le public sera accueilli aux différentes phases de création. Au-delà des manifestations artistiques où le public découvre les œuvres, les projets ont vocation à se construire avec le public dans le quotidien local.  Cette mixité participe à la revalorisation du nord est parisien voulu par la Ville.

Le lieu veut favoriser les croisements entre disciplines, entre amateurs et professionnels, entre public et privé et entre le monde artistique et le monde économique. De nombreux partenariats existent avec des structures extérieures comme la Maison de la Radio ou récemment avec le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris pour l’exposition sur Keith Haring.

Différents espaces sont dédiés aux pratiques amateurs (le Cinq) et aux enfants  (la Maison des Petits). Mais le plus étonnant et ce qui différentie vraiment le Centquatre, depuis le changement de direction, avec d’autres lieux, c’est l’utilisation des moindres recoins de la grande rue par différents amateurs. Ici, ce sera une répétition de théâtre et là, une chorégraphie. Il y a un accord tacite entre les habitants du quartier et l’administration dirigée par José-Manuel Gonçalvès qui permet à n’importe qui d’utiliser l’espace s’il est libre et de le libérer quand l’équipe du Centquatre en a besoin.

Le Centquatre, enfin, est un lieu d’innovation et de recherche. Le lien entre l’innovation et la création prend tout son sens dans ce lieu où entrepreneurs, chercheurs et artistes peuvent échanger et innover par la création. Dans ce cadre, il héberge la Nouvelle Fabrique Numérique qui réunit un collectif de designers autour des pratiques du DIY[2], qui questionne une nouvelle forme d’industrialisation de prototypes et de petites séries.

En 2012 Le Centquatre s’est associé à l’incubateur public Agoranov, spécialisé dans les entreprises liées à la recherche pour lancer un incubateur de projets à la croisée de la création et de l’innovation.  Les projets incubés sont sélectionnés sur leur liens avec la création mais surtout sur leur besoin d’expérimentation avec le public du Centquatre. Le projet doit être immergé dans l’espace qui tout entier est un espace d’innovation et de création.

Phonotonic & Just4ladies! – Interactive musical and dance performance – CENTQUATRE from phonotonic on Vimeo.

Conclusion

Notre époque connait de profondes mutations liées au numérique, et la création joue un rôle important. Depuis l’apparition des premiers ordinateurs, les artistes se sont emparés des choses technologiques surtout depuis la révolution internet et aujourd’hui, la révolution des objets connectés[3]. La maitrise de ces technologies permet aux artistes d’aller au-delà des performances techniques pour proposer une vision. Il en découle aussi un décloisonnement des disciplines rapprochant l’art numérique des arts plus traditionnels comme le spectacle vivant, la musique, la sculpture, etc.

Ce décloisonnement a lieu aussi au profit de la recherche et de l’innovation. C’est ce qui peut intéresser l‘acteur politique d’un territoire. Certains artistes mènent tellement loin l’expérimentation qu’ils rejoignent les préoccupations de chercheurs. On peut citer le Computer Sony Lab à Paris qui a des équipes de recherche en musique avec des designers ou plus récemment Albertine Meunier[4], artiste qui travaille sur la question du vieillissement avec les chercheurs d’Orange.

En quoi cela peut intéresser une collectivité ?

La collectivité a besoin d’accompagner l’émergence de projets innovants sur le territoire pour augmenter la compétitivité. Les politiques publiques ont un impact sur le développement des technologies notamment par l’amélioration de l’interaction entre les acteurs du système d’innovation[5] « Il est essentiel pour tous les dirigeants d’être préalablement sensibilisés à la culture de l’innovation. C’est clairement ce qu’il ressort de l’étude réalisée par le CETU EthiCs de l’Université de Tour. » C’est ce qui ressort d’un rapport de la Région Centre[6] et largement partagé au niveau national.  Vous pouvez voir page 14 du rapport les orientations  stratégiques  qui propose un plan markéting, le partage d’expérience, la médiation, etc. Le créatif a une place déterminante dans la réussite de ces orientations.

Les lieux culturels de la diffusion et de l’échange

La culture et l’innovation sont étroitement liées en particulier dans le domaine de l’art numérique.Elle peut le faire en implantant des lieux de pratiques hybrides comme c’est le cas avec le Cube, le Centquatre, la Gaité Lyrique ou plus récemment les 26 couleurs à Saint-Fargeau-Ponthierry. Ces lieux d’art numérique doivent permettre des rencontres avec le public bien sûr, mais aussi avec les amateurs, les « bidouilleurs », les start-ups et les entreprises.

L’animation de ces lieux est primordiale pour faire naitre les échanges et peut être d’autres projets. Cela implique une équipe d’animation culturelle pluridisciplinaire capable d’accompagner des artistes dans leur transversalité et sensible au lien avec l’entreprise et la recherche, éventuellement dans le cadre d’un incubateur. Le management d’un projet commun peut s’inspirer de certaines méthodes du design[7]: apprendre, observer, questionner et tester.

Le créatif, acteur de la diffusion de la culture de l’innovation

L’innovation n’est pas facile à appréhender, car il faut être capable de voir en dehors de nos habitudes, comprendre les changements et imaginer ce qui n’est pas. L’artiste est constamment dans l’observation et la réflexion et il peut nous guider pour sortir du cadre. Comme l’a écrit Rémi Saint-Péron : « Nous avons tous un cerveau gauche et un droit, et nous sommes tous potentiellement des créatifs. Il suffit d’en créer les conditions, de croire en son potentiel créatif et de sortir du cadre ! »[8]

 

 

[1] Voir la carte « Charte de coopération culturelle 2009-2011 » dans les dossiers de presse de la politique culturelle de la Ville de Paris (Paris, 2011).

[2] Do It Yoursel : « Le faire sois même » est un courant né aux Etats-Unis avec la création des imprimantes 3D auto répliquantes.

[3] Voir le projet Phonotonic : www.phonotonic.com et les performances d’EZRA, artiste de beat boxing. http://my.tv.sohu.com/us/63342893/22566137.shtml

[4] (Meunier, 2013) Vois son site : http://www.albertinemeunier.net/

[5] L’innovation, une affaire d’état p137 (Rochet, 2007)

[6] Voir le rapport (Centre, 2009): http://www.regioncentre.fr/files/live/sites/regioncentre/files/contributed/docs/avenir-region/etudes-strategies/strategies/Strategie-Regionale-Innovation.pdf

[7] Le design management, Kathryn Best, 2006 (Best, 2009)

[8] Lire, p77, le récit de Rémi Saint-Péron, coach en créativité, chargé de cours à Paris Descartes et administrateur d’Innov’Acteur. (Garcia & de Peganow, 2012)

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