Un panorama de l’offre orchestrale

La saison est déjà finie ; les présentations des concerts 2014/15 et les offres d’abonnement se bousculent depuis belle lurette dans nos boîtes aux lettres. En cette période de transition, il n’est peut-être pas inutile de prendre un peu de recul sur les saisons symphoniques européennes*… Tirons ensemble le portrait de l’offre orchestrale dans nos capitales : qui joue où, quoi et comment ?

Orchestre de Paris à la salle Pleyel

Qui ?

A Paris, Londres, Berlin, on compte au moins quatre grands orchestres permanents, mais deux tendances apparaissent : à Paris et à Londres, l’effectif moyen est en dessous de 100 instrumentistes, pour moins de 30 concerts par an dans leur ville de résidence… tandis qu’à Berlin, Vienne et Amsterdam, l’orchestre moyen a 115 musiciens et joue 43 fois en résidence dans la saison. Question de crise ? On sait que les orchestres londoniens dépendent uniquement de financements privés, mais les orchestres parisiens, subventionnés, ne devraient rien à avoir à envie à leurs collègues allemands, privés…

Où ?

A Berlin, Londres, Amsterdam et Vienne, les deux plus grandes salles (voire la seule, au Concertgebouw) concentrent plus de 80% des concerts des orchestres résidents — tandis que Pleyel et le Théâtre des Champs-Elysées ne regroupent que 54% des concerts des orchestres symphoniques parisiens, le reste se répartissant dans les nombreuses autres salles : l’offre parisienne semble ainsi plus diversifiée, et en termes de jauge, Paris n’a rien à envier aux autres capitales, contrairement à ce qu’annoncent les défenseurs de la Philharmonie de Paris (seule Londres sort du lot avec le Barbican, le Royal Festival Hall et Cadogan, qui la propulsent en tête des places musicales).

Quoi ?

Sans surprise, les compositeurs les plus joués sont Beethoven, Mozart, Brahms et Tchaïkovsky — ils représentent à eux seuls plus de 20% des programmes 2014/15. Mais les chiffres font aussi apparaître des tendances : d’éclectisme, chez les orchestres londoniens qui laissent la part belle aux répertoires français, anglais et russes ; ou de tradition, chez les orchestres viennois qui se consacrent plus de 60% de leur saison au seul répertoire germanique… Selon l’idée reçue, les choix de programmation sont plus hardis quand les subventions permettent de compenser le risque pris sur la billetterie ; mais les orchestres parisiens sont malgré tout les champions des répertoires classique et romantique — bien plus que les orchestres londoniens qui donnent plus d’espace au répertoire du XXe (postromantique, moderne ou contemporain), plus difficile et donc a priori moins attractif… Les aides publiques, au lieu de favoriser l’éducation des spectateurs, seraient-elles un frein à l’originalité ? Les orchestres londoniens utilisent-ils l’inventivité de leur programmation pour attirer un public moins traditionnel qu’à Paris ? Autant de questions qui mettent en lumière des différences fondamentales en matière d’habitudes culturelles et d’appétit musical.

Comment ?

Si la salle Pleyel produit elle-même tous les concerts d’orchestres invités, la Philharmonie de Berlin se loue, elle, à ceux qui veulent y jouer — et tandis que Pleyel se loue à ses orchestres résidents, les Berliner se produisent eux-mêmes dans leur propre salle. Encore une fois, on voit s’affirmer deux conceptions bien différentes de l’orchestre résident : auréolé de prestige et seul maître à bord en Allemagne — simple locataire en France, dévalorisé face aux glorieux invités qu’il côtoie malgré lui.

Dernier point : l’aide publique permet-elle aux orchestres parisiens de réduire leurs tarifs ? Il faut compter 30€ de plus à Paris qu’à Londres pour une première catégorie… mais ne débourser que 9€ en moyenne pour une dernière catégorie, alors qu’il faut au moins 20€ à Amsterdam : la démocratie culturelle à la française, c’est avant tout d’échelonner les tarifs pour couvrir toutes les catégories sociales ; bien plus dépendants financièrement de la billetterie, les orchestres londoniens proposent, eux, un spectre très resserré de tarifs.

Que conclure de ces constats ? Que des tendances bien distinctes séparent chacune de nos capitales musicales : on est fier en Europe centrale de son répertoire et de ses orchestres ; on recherche à Londres un éclectisme des programmes et des programmés ; à Paris, on préfère diversifier le public et les lieux plutôt que le contenu. Deux conceptions tout à fait différentes de la démocratisation de la musique, qu’il serait passionnant d’analyser à travers le prisme des différences culturelles des pays ! Mais au-delà se dresse une certitude : dans le domaine symphonique, Paris, Londres, Berlin, Vienne et Amsterdam n’ont pas à se jalouser.


*Les institutions étudiées sont, pendant la saison 2013/14 :

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