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Classical crossover: stratégie de relance du marché des musiques classiques ?

Depuis quelques années le classical crossover semble avoir pris pied dans le milieu de la musique classique. Défini par un croisement des musiques classiques avec d’autres genres, le crossover a pu donner naissance à une musique hybride. En sont témoins la rencontre des œuvres de Vivaldi et de la musique traditionnelle irlandaise dans l’album O’Stravaganza de Hugues de Courson ou encore le mélange entre jazz et musique classique par le Quatuor Ebène.

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Le crossover connaît une évolution croissante dans le secteur discographique. Cet attrait se remarque tant chez les majors que les labels indépendants. Quand d’un côté Universal Music produisait l’album Roberto Alagna chante Luis Mariano, le label Alpha créait la collection « Les Chants de la Terre » qui mêle de manière quasi exclusive musique ancienne et traditionnelle de tous horizons.

L’émergence de ce nouveau genre musical est basée sur un constat établi à tout âge de l’histoire de la musique : les caractères « populaires » et « savants » se sont bien souvent rencontrés… Autant le romantisme de Brahms pouvait s’inspirer de la musique tzigane, autant Playford composait des airs à danser évoquant la musique celtique. Ce qui paraît alors actuellement être un renouvellement du genre classique pourrait finalement se présenter comme la suite logique d’une évolution musicale ayant déjà opéré plusieurs fois auparavant.
Néanmoins, la recrudescence du métissage de la musique classique semble nécessiter de la part des artistes comme des producteurs des gages de qualité et une authenticité avérée. Si, comme le précise David Vandiedonck dans son livre Qu’est-ce-qui fait tourner le disque classique? , « la variétisation (de la musique classique) révèle avec pertinence la capacité réelle de renouvellement d’un genre qui, en dépit de son historicité – et en dépassant celle-ci – parvient à rompre les systèmes construits», ceci n’est possible que par une esthétique authentique et une qualité technique et sonore liée au bon développement du genre.
Cette qualité participe à la mise en place d’un souci de crédibilité du crossover dont les débouchés seraient parfois, selon certains artistes et producteurs, plus favorables que ceux de la musique classique seule (Elsa Fottorino, n°400 de La lettre du musicien).

Face à un tel engouement, le crossover devient un argument commercial convaincant… De manière générale, malgré une économie difficile et une fragilité du secteur de la musique classique, l’arrivée du crossover sur le marché du disque a permis une stabilisation des ventes.
Pourquoi ? Le crossover joue sur plusieurs types de médias du fait du mélange des genres. Il provoque alors l’ouverture et la rencontre vers d’autres artistes et publics ce qui a pour effet d’améliorer la visibilité du domaine classique.
Le crossover améliore vis-à-vis du public lambda l’image de la musique classique, perçue comme « élitiste ». L’intégration d’un caractère populaire comme le jazz ou les musiques traditionnelles semble conférer au genre du crossover un esprit plus convivial et simple permettant l’ouverture à un public plus large. Ainsi le classical crossover serait un moteur de relance du secteur de la musique classique, et ce grâce en partie à un élargissement et un renouvellement des publics.

Malgré tout, il faut garder à l’esprit que le genre ne fait pas l’unanimité. En témoigne la critique de Jacques Drillon dans le Nouvel Observateur « ce n’est plus de la musique, c’est un bordel ! » à l’occasion de la sortie de l’album Mozart l’Egyptien de Hughes de Courson. Peut-être. Cependant, l’apparente réussite financière du classical crossover dans le domaine discographique permet d’agir à plusieurs échelles. Nous l’avons mentionné, les ventes du domaine classique sont stabilisées. Mais les recettes servent également à investir dans des artistes moins connus, qu’ils soient issus du genre crossover ou classique. Ainsi, au sein d’Universal Music, la vente de 500 000 exemplaires du disque d’André Rieu a permis la mise en avant d’une chanteuse peu connue à l’époque, à savoir Cécilia Bartoli ! Que l’on soit conservateur ou novateur, le classical crossover semble être capable d’une certaine relance financière du genre classique…

Le succès rencontré par le milieu discographique a déclenché une réponse de la part du secteur évènementiel. Des programmations incluant du classical crossover ont ainsi commencé à fleurir dans des salles de spectacles comme Pleyel ou le Châtelet, de même dans des festivals comme Les Vieilles Charrues. L’intérêt est semblable ; il vise l’attrait d’un public élargi. Mais cela va dans le sens des artistes aussi ! L’accès à des évènements où la musique classique n’aurait à priori pas forcément eu sa place commence à se dessiner. Dans une ouverture des genres, le classical crossover est un vecteur efficace de rencontre entre les publics et les professionnels du monde musical, qu’il touche au spectacle vivant ou à la musique enregistrée.

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