Festivals en France : outils de loisirs ou de politiques culturelles ?

«Le monde des festivals étant si vaste, disparate et complexe, il est difficile de généraliser» annonçait Bénédicte Dumeige, directrice de France Festivals. Objectifs artistiques, culturels et territoriaux, les festivals soulèvent de nombreuses problématiques dont les collectivités territoriales se sont emparées… 

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Qui finance les festivals ?

En 2011, la SACEM recensait 841 festivals de musique (de musique, seulement!) en France. Paradoxe ou évidence, sur ces 841 festivals, seulement 5 sont soutenus par le Ministère de la Culture pour leur envergure et le symbole qu’ils véhiculent : le Festival d’Avignon, le Festival d’Aix-en-Provence, le Festival d’Automne, le Printemps de Bourges et le Festival Musica de Strasbourg. Par qui les 836 autres festivals sont-ils financés ? Par les deuxièmes plus grands investisseurs culturels de France; les collectivités territoriales. La raison d’un tel financement ? La décentralisation culturelle. Et pour y voir plus clair, la dernière étude du DEPS nous révèle les chiffres que les collectivités consacrent à la culture : «7,6 milliards d’euros soit 118 euros par habitant […] soit une progression de 10% depuis 2006». Un premier indice sur l’orientation culturelle des festivals de France…

Politiques singulières, politiques plurielles

Les collectivités territoriales financent les festivals, c’est un fait. Mais qui décide de financer ? Ce sont les élus. Mais pour décider de financer, il faut que l’argument artistique réponde aux objectifs politiques. Malgré la disparité des festivals, ce pouvoir décisionnaire est un cadre commun dans lequel chacun s’inscrit. Il est donc nécessaire de mettre en place un dialogue et une co-construction entre acteurs politiques et culturels. A ce titre, et pour aller plus loin, le SNSP et la FNCC ont rédigé une Charte des missions artistiques et territoriales des scènes publiques. Les politiques culturelles sont comme les festivals. Elles sont difficiles à généraliser tant il y a d’échelles territoriales en France. La politique culturelle d’un territoire se construit en quelque sorte sur sa fiche technique : la corrélation festival/politique doit donc prendre en compte ces spécificités. A noter tout de même que le support même du festival – lié à son caractère exceptionnel – permet déjà aux collectivités de mettre en place des actions auxquelles la saison annuelle ne pourrait donner lieu !

Focus sur les enjeux de l’intervention culturelle des collectivités territoriales

  • Enjeux artistiques et culturels. Un exemple cueilli parmi d’autres; le critère de qualité artistique permet de gagner la confiance des publics. Gagner cette confiance, c’est pouvoir amener plus facilement les publics vers de nouvelles pratiques artistiques et culturelles, c’est dynamiser les actions annuelles du territoire. Le support festivalier peut également permettre de valoriser une discipline en particulier.
  • Enjeux sociaux. «Considérer communément la culture comme facteur de lien social n’exclut pas une volonté politique forte» souligne l’Observatoire des politiques culturelles. Les actions se précisent dans un souhait de citoyenneté (vivre et faire ensemble, respect de l’autre, transversalité…)
  • Enjeux économiques et attractivité locale. Pour une majorité de festivals, le tourisme a déjà fait fait ses preuves en matière de retombées économiques (consommation résidentielle, commerces de proximité mais aussi emploi saisonnier). D’une autre part, Luc Bénito souligne que «l’impact en terme de notoriété ne permet pas simplement de mieux situer une ville sur une carte, mais aussi de faire connaître une collectivité en tant qu’institution et à valoriser son action. L’image véhiculée par un festival est celle d’un dynamisme culturel dont les effets se traduisent différemment selon les cibles»… Plus encore, de nombreux élus s’accordent pour dire que le dynamisme culturel permet de voir s’implanter de nouvelles entreprises ou d’effectuer des opérations immobilières sur leur territoire.
  • Publics et habitants. On ne peut parler des politiques culturelles sans évoquer le crucial enjeu des publics. Dans le domaine culturel, c’est le nerf de la guerre. Le festival se présente comme un support idéal pour toucher un grand nombre de spectateurs (audiences locales mais aussi extra-territoriales). La politique évènementielle avec son condensé de spectacles à caractère éphémère et exceptionnel attire plus facilement les spectateurs. On retrouve ici aussi la notion d’«amateur» par le biais d’ateliers, de stages ou de masterclasses fréquemment proposés au sein des festivals.

Somme toute, les festivals ont de nombreux atouts pour la mise en oeuvre des politiques culturelles territoriales. Cependant, les renouvellements des équipes politiques restent une grande fragilité pour ce secteur. De plus, la décentralisation commence à interroger les acteurs politiques comme culturels sur la place des centres de décisions…

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