Orchestres, internet et User Experience

Ouvrons donc cet article par un truisme  : pour une organisation, à l’heure actuelle, diposer d’un site internet est très important. Voilà.

Bon, évidemment, dis comme ça, cela sonne comme une évidence qu’on aurait presque honte à énoncer, tant internet est devenu incontournable et s’est imposé comme plateforme incroyable d’échange de données et d’informations.
Et pourtant, malgré ce constat d’évidence, tous les orchestres ne semblent pas pleinement le prendre en compte et paraissent négliger la conclusion qui s’impose  : si c’est important, alors il est nécessaire d’en prendre soin et d’y mettre les moyens afin d’obtenir un site fonctionnel, clair, simple, communicant efficacement l’image qu’on veut donner de l’institution.

Pour nombre d’orchestres français, hélas, cela ne semble pas être vraiment le cas.

internet

On a droit à des blocs de menus agglutinés et un design triste comme un jour sans pain pour l’orchestre de Lille ; un amas d’informations indéchiffrables et des bandeaux noirs qui détournent complètement l’attention pour l’orchestre des Pays de Loire ; pas de menus clairs et une présentation issue directement des balises html pour l’orchestre de Bordeaux-Aquitaine (et c’est même en fait seulement une page d’un site plus vaste, celui de l’opéra) ; le site de l’orchestre de Toulouse se veut un peu plus dynamique, mais il faut avoir de bons yeux pour repérer les menus, et tout y est bien resserré afin que la page étouffe ; on ne sait pas très bien si on est tombé ou pas sur le site SNCF pour l’orchestre de Picardie

Certains orchestres ont toutefois changé récemment leur site, avec bonheur. C’est le cas de l’orchestre de Montpellier, qui a sorti un site graphiquement clair et élégant  ; les orchestres de Radio-France reviennent de loin et sont récemment passé du pire à des pages plus sobres et plus fonctionnelles – quoique assez frustres ; l’orchestre de chambre de Paris, à l’occasion de son changement de ligne artistique quand il s’est transformé de « ensemble orchestral de Paris » en « orchestre de chambre de Paris », a repensé toute sa communication, incluant une refonte du site internet qui est d’une grande efficacité avec une économie de moyens.

On voit donc que si l’importance d’un site internet peut sembler une évidence, se préoccuper et se donner le temps et les moyens d’obtenir un site clair et efficace n’est, en revanche, pas si manifeste pour beaucoup d’orchestres français. Est-ce une question de génération des administrateurs d’orchestre ? Est-ce par sous-estimation de l’utilisation d’internet par le public ? Est-ce parce qu’on considère que le public de musique classique en particulier se soucie peu d’internet  ? Est-ce plus largement par un manque d’intérêt aux questions graphiques en général, qui se transposent sur internet  en particulier ? Quoi qu’il en soit, il apparaît dommage de négliger une bonne présentation d’un site, ne serait-ce au minimum pour l’image de professionalisme qu’il peut ainsi s’en dégager.

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Pour peut-être mieux dégager quelques critères qui font qu’un site est efficace ou non, comparons deux sites internet de deux orchestre internationaux : l’orchestre de Paris (OdP) d’un côté, les Berliner Philharmoniker (BP) de l’autre.

Premier constat

Au premier coup d’œil, ce qui frappe c’est la multiplication d’éléments resserrés dans la page de l’OdP, face aux espaces libres qui donnent une page qui « respire » pour les BP.  Cette multiplication d’éléments chez l’OdP (qui sont tous affichés en petits pour que ça tiennent, du coup) rend plus difficile la navigation et la clarté des informations : où dois-je cliquer pour trouver l’information que je recherche  ? Alors qu’il faut fouiller sur le site de l’OdP, le site des BP nous facilite grandement la lecture. Par ailleurs, en termes d’image, grace à l’espacement et à la grosseur des éléments, le site des BP nous donne l’impression d’une grande assurance et d’un calme raisonnable – la Deutsche Qualität, quoi.

Deuxième constat

Sur le site des BP, l’endroit sur lequel cliquer pour obtenir une place pour un concert est mis en évidence – en haut à gauche, c’est-à-dire en première place dans le menu ; et pas très loin en scrollant vers le bas, on tombe pour chaque vignette annonçant un concert, sur un rectangle jaune bien en vue également annonçant « buy tickets ». On ne peut pas faire plus clair : impossible de ne pas savoir comment réserver une place, et – mieux – on y est incité. Et dès qu’on clique, on se retrouve déjà à sélectionner sa place, immédiatement, sans étape intermédiaire.
Pour l’OdP, c’est un peu plus tordu. Pas de rectangle incitatif dans les les vignettes des prochains concerts. Un menu «réserver/s’abonner» – mais écrit pas bien gros et coincé entre deux autres blocs rapprochés. Et quand on a cliqué sur ce menu, on tombe sur une page qu’il faut savoir déchiffrer  : beaucoup d’informations écrites en petit  ! Tenter de cliquer sur le petit rectangle bleu du calendrier, annonçant un concert, pose un problème : il faut tâtonner un moment pour comprendre qu’il faut cliquer en fait dans l’info-bulle, et non sur le petit rectangle  ! Si on arrive à passer cette étape, on tombe sur une page récapitulant le concert – mais ce n’est pas encore la résevation proprement dite, il faut encore trouver où cliquer – c’est en petit à droite.

Petit détail irritant supplémentaire : en juillet, à la date d’écriture de ce billet, mettons que je veuille regarder les concerts d’octobre. Pour ce faire, je fais défiler le calendrier avec les flêches autour du nom du mois, jusqu’à obtenir octobre. Une fois arrivé là, je clique sur l’info-bulle d’un des concerts d’octobre (les carrés bleus) et là… le calendrier s’est remis au mois de juillet  ! Ce qui signifie que si je veux continuer à inspecter les concerts d’octobre, me voilà à devoir recliquer sur les flêches autour du mois, une deuxième fois, et puis une troisième, une quatrième, à chaque fois que je veux retourner en octobre…

On voit par conséquent comment l’ergonomie du site peut soit rendre immédiate et simple l’achat d’une place, soit la rendre tributaire d’un petit parcours du combattant. Et qu’il suffit de quelques détails pour rendre un site vraiment agréable, ou vraiment énervant.

Troisième constat

L’affichage des sponsors et mécènes privés. Il m’a fallu pas mal de temps avant de trouver un partenaire de l’OdP affiché sur leur page d’accueil. En fait, un des mécènes est bien indiqué : mais le trouver est presque un jeu du type « où est Charlie » – Eurogroup est indiqué dans la colonne de droite, au-dessu du logo Mairie de Paris, sans que le logo ne se lise très bien. Sinon, il y a bien l’onglet « entreprises » : on tombe sur un long texte, au beau milieu duquel est caché un lien, qui, enfin, mène à la liste des mécènes.
Sur le site des BP ? Il suffit de cliquer sur l’onglet « partners » : les principaux mécènes apparaissent, en grand.

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Où est Charlie ?

Quatrième constat

Le lien presse et contact est directement visible et accessible en page d’accueil des BP, en haut à droite, alors qu’il faut scroller tout en bas pour les visualiser en tout petit chez l’OdP…

Cinquième constat

Cherchons par exemple la liste des musiciens de chacun des orchestres. Pour les BP, je fais ça assez simplement  : je clique sur l’onglet « orchestra ». Un nuage de photos s’affiche, l’une d’entre elles me propose « the orchestra », assez intuitivement, je clique et hop : voici une page où tous les musiciens apparaissent, classés par instruments, avec leur photos.
Sur le site de l’OdP, je clique sur « nous connaître » (même si l’intitulé ne me paraît pas le plus convaincant). Je tombe sur une page, que je dois parcourir pour trouver un lien «découvrez l’orchestre de Paris» : déception, je tombe à nouveau sur du texte, que je dois parcourir et dans lequel je dois deviner que que les mots en gras sont en fait des liens (jusqu’ici les liens étaient en rouge, avec une sorte de petite flèche rouge précédant le texte). Je finis par cliquer sur « 119 artistes musiciens » et je tombe enfin sur une liste de noms, mais sans photos, même en cliquant sur les noms des musiciens (on accède alors à une biographie sans photo).


Quand le domaine du numérique est évoqué, c’est souvent pour se représenter des innovations décoiffantes, des révolutions audacieuses qui vont transformer à tout jamais les modèles économiques, des changements radicaux grâce à des technologies bluffantes… Mais il me semble qu’il ne faudrait pas en oublier des considérations simples et de bon sens, telle que : comment donner à un site un design clair et une ergonomie accessible  ? C’est ce que se proposent les experts en User Experience : faire de l’utilisation du numérique une expérience de visite agréable et profitable pour tout un chacun, les détails étant parfois, comme on l’a vu, plus sensibles qu’il n’y paraît. Toute institution, y compris les orchestres, désireuse de profiter des interfaces numériques pour satisfaire et fidéliser leur public, devrait pouvoir profitablement se pencher la question.

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