Ah ! Tristan de n’y voir Jonas Kaufmann…

Jonas Kaufmann ; c’est tout un programme qui tient en deux mots. Actuellement, comment ne pas reconnaître que, malgré l’excellence des ténors de la scène lyrique, de Roberto Alagna à Juan Diego Flórez en passant par Rolando Villazón, le munichois se dégage de tous ses noms pourtant prestigieux, par un timbre et une maîtrise vocale exceptionnelle ? Ainsi, il nous a offert depuis ses débuts où il interprétait notamment les rôles mozartiens de Ferrando et Tamino, à sa maturité de ténor dramatique dans Don Carlo ou Tosca, des moments de grâce vocale, d’intériorité musicale et d’expression profonde de chaque trait de caractère du personnage incarné.

 

La symbiose kaufmanno-wagnérienne

Mais s’il est un répertoire avec lequel Jonas Kaufmann semble outrepasser toutes les performances, c’est celui du maître germanique, Wagner. En Walther dans Les Maîtres chanteurs et Siegmund dans La Walkyrie, il s’était déjà montré extrêmement montré plus que convaincant. Mais lorsqu’en 2010, il franchit les portes de Bayreuth dans la peau de Lohengrin, il éclipse le reste du casting et presque la mise en scène d’Hans Neuenfels. Et pourtant, ce dernier, comme à son habitude, n’a pas épargné le public si conformiste du temple wagnérien ; il a transformé les soldats brabançons en rats noirs géants et leurs femmes en souris blanches, tels des animaux de laboratoire. Seule apparition de Kaufmann à l’heure actuelle à Bayreuth, le ténor a eu l’occasion pour l’ouverture de la Scala de Milan en 2012 d’interpréter de nouveau ce rôle avec Anja Harteros et René Pape, sous la baguette de Daniel Barenboim.

Jonas Kaufmann en Lohengrin à Bayreuth

Jonas Kaufmann en Lohengrin à Bayreuth

Mais en 2013, pour le bicentenaire de la naissance de Wagner, Jonas Kaufmann a été le Parsifal que l’on ne pouvait seulement espérer. Avec la production du MET, il a raflé l’Opera Award International et le Diapason d’Or notamment, dont le magazine rapportait en mai dernier :

« Le Parsifal de Kaufmann s’inscrit d’ores et déjà dans l’Histoire (la majuscule n’est pas de trop), incarnation idéale, tant physique que musicale, soleil noir resplendissant d’une infinie variété d’accents, de nuances et de phrasés à se damner. On a beau remonter très loin dans la discographie, on n’a pas souvenir d’avoir entendu un ”Amfortas die Wunde” chanté et vécu avec une telle plénitude. Rien que pour ces quelques minutes d’extase : à genoux ! »

Si dans cette production, les performances de Peter Mattei (pour la profondeur de son interprétation vocale, réussissant à incarner toutes les facettes d’Amfortas) et René Pape (pour sa vaillance et son endurance, si nécessaires dans l’interprétation wagnérienne) sont aussi à relever, autant que la précision de la direction du maestro Gatti, c’est finalement la performance de Kaufmann que l’on retient de cette production qui devrait atteindre le statut de mythe prochainement.

Jonas Kaufmann en Parsifal au MET

Jonas Kaufmann en Parsifal au MET

 

Le Tristan que le monde de l’opéra attend

Alors, s’il lui reste un rôle à interpréter dans l’œuvre wagnérienne, c’est bien évidemment celui de Tristan. Sa puissance et ses ressources physiques lui permettent de pouvoir assumer la densité et la longueur de la partition. Sa palette sonore, sa capacité dans les pianissimi à se fondre dans la texture orchestrale, et notamment dans les divisions de cordes wagnérienne, sa voix de ténor barytonnant, si dramatique, nous laissent imaginer avec quelle facilité Jonas pourrait décupler les sentiments de Tristan pour leur donner une intensité encore jamais atteinte.

Au-delà de la performance vocale, un aspect du personnage a souvent été délaissé dans les productions déjà existantes de la romance tragique wagnérienne : Tristan est censé être un chevalier vaillant et auquel on prête un physique plutôt avantageux. En mars dernier sur la scène de Bastille, Robert Dean Smith campait un Tristan solide dans la partition mais quelle crédibilité scénique ? La comparaison sur ce plan avec Jonas Kaufmann tourne forcément à l’avantage du munichois ; bien que quelques cheveux blancs parsèment légèrement sa chevelure bouclée et que lors des saluts, le public puisse désormais entrapercevoir un petit cercle de peau au centre de son crâne, il n’est pas difficile de l’imaginer au combat, contre une armée entière.

Robert Dean Smith

 Enfin, s’il nous fallait encore une preuve que Jonas Kaufmann ne pourrait être qu’éblouissant dans ce rôle de Tristan, il suffit d’écouter son disque Wagner paru chez DECCA. Au répertoire de celui-ci, on retrouve l’ensemble des Wesendonck Lieder, incluant donc deux lieder que Wagner utilisera aussi dans Tristan, « Traüme » et « Im Treibhaus ». Et lorsque Jonas Kaufmann interprète ce dernier en bis de son concert à Versailles le 8 mai, toute la salle retient son souffle, absorbée par une ligne vocale à la fois puissante et touchante, précise mais aussi enrobée d’une intensité dramatique démesurée…

 Alors, chaque printemps, nous pourrons scruter la saison nouvelle du MET, du Wiener Staatsoper, Bayerische Staatsoper ou autre Royal House Opera pour espérer y voir apparaître le nom de Jonas Kaufmann accolé à celui de Tristan !

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