Les Zuluberlus à Colombes : une association en danger suite aux municipales 2014

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Lors des municipales 2014, 155 villes de plus de 9 000 habitants ont basculé de gauche à droite. Il n’est pas question ici de porter un jugement politique sur l’implication de tel ou tel parti dans les politiques culturelles, et d’ailleurs, l’impact de ces changements de majorité ne pourra être connu que dans quelques mois, voire quelques années…Mais les conséquences se font déjà sentir pour certaines villes, notamment sur les politiques culturelles en matière de musiques actuelles : Evreux, Tours, Vendôme, Saint-Ouen,…

Et Colombes, ville populaire des Hauts de Seine, qui depuis 25 ans, grâce au travail de l’association « Les Zuluberlus » en charge des musiques actuelles, est connue dans le paysage musical francilien comme une ville très active en termes de création, diffusion, de production et d’enseignement des musiques actuelles.

Les Zuluberlus 

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En 1992, un collectif de musiciens de Colombes (92) monte une association de promotion et de création musicale et culturelle. Pour ce faire ils réhabilitent la salle mythique du Cadran qui devient le Cadran Omnibus. Celle qui a vu Jimi Hendrix, The Who, The Yardbirds & Co se produire dans les années 60.

C’est une nouvelle génération qui va occuper la scène, avec les Satellites, les Wampas, Pierpoljak, M, Louise Attaque et bien d’autres. Les Zuluberlus poursuivent leurs actions de développement, ils continuent à se battre, à travailler avec d’autres groupes, à manager et faire tourner Pierpoljak, Baobab, Marousse ou le Jamaïca All Stars.

Les Zuluberlus soutiennent l’associatif, le collectif et l’alternatif. Ils participent activement à la structuration des réseaux musicaux départementaux, régionaux et nationaux et prennent part à la création du Réseau 92, du RIF ou de la Fédelima.

Parallèlement, les Zuluberlus travaillent la relève, en organisant des tremplins pour les lycéens, mais aussi en menant des ateliers de pratique musicale dans les quartiers et des formations préparant aux métiers de la musique au sens large.

La menace d’expulsion

En mai dernier, lors d’un rendez vous portant sur la Fête de la musique, la municipalité demande à l’association de réduire le budget de 10 000 euros à seulement 1 mois de l’évènement. La Fête de la musique à Colombes a bien eu lieu, mais certains artistes ont du être déprogrammés, suite à cette restriction budgétaire.

2 jours après, l’association reçoit un avis d’expulsion de ses locaux de la part de la Mairie pour le 1er septembre prochain. La vie de l’association et la continuité de ses actions sont en péril.

Depuis cette annonce, une forte mobilisation a permis aux Zuluberlus de pouvoir coute que coute donner leur version de la situation : certains médias sont sensibles à leur situation et sont déterminés à relayer l’information (Le Parisien, Indie PopRock, FPP…). Le jeudi 3 juillet, suite à un appel de l’association à s’inviter de force au Conseil Municipal de Colombes, 150 personnes, artistes, public, et acteurs de musiques actuelles sont au rendez-vous pour venir exprimer leur soutien.

Un rendez-vous avec le Conseil Général a d’ors et déjà été pris.

 Symbole d’un échec des Musiques Actuelles ?

 Annoncée sans justification et sans dialogue préalable avec les dirigeants de l’association, cette décision impose un ultimatum d’à peine deux mois à l’association pour quitter les locaux sans proposer aucune solution alternative. Elle intervient quelques semaines seulement après la baisse de subvention imposée aux Zuluberlus pour l’organisation de la fête de la musique. Avec la perte de ses bureaux qui l’empêchera de mener à bien son activité, notamment la programmation musicale au Tapis Rouge (seule salle adaptée aux musiques actuelles à Colombes) pour laquelle elle est pourtant conventionnée par la ville de Colombes, c’est un danger de mort qui pèse aujourd’hui sur l’association Les Zuluberlus.

Les Zuluberlus ont fait vivre la scène du Cadran-Omnibus pendant dix ans, accompagné de nombreux artistes et ont largement participé à la structuration du secteur. Depuis 2008, ils portent sur Colombes un projet alliant la diffusion (soirées 109, scènes amateurs au P’tit Cadran et fête de la musique), la découverte et l’accompagnement d’artistes ainsi que l’action culturelle et la pédagogie (ateliers de pratique musicale). Ils répondent ainsi à de nombreux besoins générés par les pratiques actuelles de la musique, largement plébiscitées par nos concitoyens : apprendre, créer, jouer, s’exposer au public, partager, voir et découvrir des artistes sur scène…

Sa disparition sonnerait comme un coup porté à la diversité culturelle et à l’initiative citoyenne…

 

Pour soutenir le projet des Zuluberlus, une pétition est en ligne:

http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/nicole-goueta-sauver-le-projet-des-zuluberlus-et-pr%C3%A9server-les-musiques-actuelles?recruiter=90623036&utm_campaign=mailto_link&utm_medium=email&utm_source=share_petition

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Cafés-Cultures: un dispositif prometteur

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Les 16 et 17 janvier 2008, les premières rencontres nationales des Cafés Cultures se sont déroulées à Nantes, lors des Biennales Internationales du Spectacle. Ces rencontres, qui ont réunis plus de 700 participants (Exploitants de cafés de toute la France, chercheurs, universitaires, artistes, acteurs culturels, syndicats, collectivités territoriales, élus… ) s’articulaient autour de trois axes : culturel, social et économique.

Depuis cela, fort d’une première expérience réussie en 2012, le Conseil Régional des Pays de la Loire qui assure l’expérimentation du dispositif a relancé le dispositif cafés-cultures en 2013, dans la perspective d’un élargissement national en 2014.

 Cafés-Culture : Quèsaco ??

Le principe même des Cafés CultuOK12res est de permettre aux bars de développer leurs activités culturelles et musicales en précisant le cadre de la programmation et la diffusion des artistes amateurs et professionnels. «Nous proposons de permettre l’exposition de la pratique amateur tout en recréant et dynamisant un bassin d’emploi pour les artistes professionnels.»[1]

Un « café cultures » est avant tout un établissement règlementé où l’on peut y consommer des boissons, c’est-à-dire un débit de boissons. Enregistrés au registre des commerces, les cafés emploient des salariés, selon la taille et l’activité économique du lieu. Mais les Cafés-Cultures peuvent aussi se définir par leur rôle :

Au niveau culturel :

–          Un lieu d’accès à la culture pour tous.

–          Un lieu « Starter », permettant aux musiciens et artistes néo professionnels ou amateurs de réaliser leurs premières scènes de proximité.

–           Un lieu de promotion pour les projets artistiques, tant en direction du public que des professionnels.

–           Un lieu d’expérimentations, de « rodage » de nouvelles pratiques.

–          Un lieu de proximité dans la relation entre les artistes et le public.

–          Un lieu d’exercice professionnel pour les artistes.

Au niveau économique :

–          C’est un bassin d’emplois : Salariés du café, prestataires, salariés des arts et de la culture…

–          C’est un lieu aux normes règlementaires et commerciales…

–           C’est un artisan du développement économique local.

Au niveau social :

–           lien social,

–           brassages et rencontre des publics,

–           régulation des comportements et des consommations,

–           lieu de paroles et d’échanges,

–          lieu de droit à la fête,

–          aménagement du territoire (urbain, suburbain ou rural).

Un dispositif en soutien aux artistes interprètes

La situation des artistes professionnels se produisant dans des cafés en France n’est viable économiquement et légalement que dans très peu de cas. Les représentations sont dans la plupart des cas non déclarées, et ne rentrent que dans peu de cas dans le cadre des annexes 8 et 10 de la convention de l’assurance chômage, ce qui amplifie les conditions de travail souvent précaire des artistes interprètes. D’où l’urgence de mettre en place des dispositifs solides ayant à cœur de résoudre les problèmes d’emploi artistique dans le secteur de l’interprétariat : L’installation du dispositif permet d’apporter un complément financier afin de rémunérer les artistes interprètes, tout en respectant le droit social.

Depuis plusieurs décennies la prise en charge financière de l’emploi artistique (Etat et Collectivités territoriales), tout comme son développement, est au cœur des débats, des confrontations, voire des réformes. La crise de l’emploi d’une partie des artistes de musiques actuelles, est aujourd’hui amplifiée par la remise en cause de financements publics.

Pourtant, l’enjeu des cafés-cultures semble être une des priorités des politiques publiques en matière de culture : le soutien des politiques publiques, sa bonne articulation et sa répartition entre l’Etat (représenté par les actions du Ministère de la Culture et de la Communication et des autres ministères ayant une implication dans la culture) et les Collectivités locales.

Cela interroge sur comment, en 2014, les politiques publiques culturelles pensent leur rapport aux politiques publiques territorialisées.

La question de l’emploi des artistes interprètes  a été posée comme thème lors d’un débat initié par le Snam-Cgt à l’occasion des MaMA 2010, ci dessous à l’écoute, les débats lors de l’évènement en date du 16 octobre 2010 (disponible à l’écoute également sur le site du MaMA):

http://www.snam-cgt.org/spip.php?article343

Une expérimentation réussie dans les Pays de la Loire

L’expérimentation du dispositif dans les Pays de la Loire nous montre un bel exemple de la gestion culturelle décentralisée voulue pour encadrer le dispositif : le bilan des années consécutives 2012, 2013 et 2014 de l’expérimentation, même s’il reste provisoire est assez positif, et lorsqu’en 2011, l’Etat n’intervient pas financièrement dans le dispositif mais dans son fonctionnement, la région Pays de la Loire montre son attachement profond au projet et investit 100 000 euros.

A l’heure du bilan, les premiers chiffres s’avèrent très positifs puisque 62 cafés ont fait des demandes d’aides pour 396 concerts et un total de 1019 cachets. Au final, ce sont près de 900 journées de travail qui ont été aidés au travers cette expérimentation régionale.

Aujourd’hui, aucun communiqué officiel ne fait état de l’avancement de la question de l’élargissement du dispositif « Cafés-Cultures » à l’échelon national.

 

 

[1] Pétition pour que vivent les cafés-cultures, SNAM- mars 2009 : www.snam-cgt.org/spip.php?article234

 

Culture et entreprises: La programmation de la future Cité Musicale sur l’Île Seguin sera confiée à TF1

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Depuis le commencement des travaux de rénovation, initiés dès 2004, et débutés réellement en 2010, l’Île Seguin semble être au cœur des préoccupations des collectivités, tant que des industries. Le projet de l’île Seguin, conçu par l’architecte Jean Nouvel, s’organise autour de deux pointes consacrées à l’art contemporain et à la musique alors que le centre de l’île abritera un cinéma et un pôle multimédia.  Plus de 20 ans après la fermeture des usines Renault, la réhabilitation d’une partie de l’île Seguin est donc enfin amorcée avec l’ouverture mi 2016 de la Cité musicale.

La conception de la Cité musicale a été confiée aux architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, déjà aux commandes du centre Pompidou à Metz. Deux salles seront construites : L’une de 4000 places assises ou 6000 debout dédiée aux musiques actuelles et une deuxième salle, un auditorium de 1 100 places, consacrée uniquement à la musique classique et contemporaine. Le lieu comprendra également des salles d’enregistrement et de répétition pour diverses formations.

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Jusque là, tout va bien…Mais une nouvelle fait grand bruit depuis quelques mois : la programmation de la Cité Musicale serait confiée au groupe TF1. Une première pour la chaine, qui y voit une « étape logique dans sa stratégie de diversification » selon Yann Geneste, directeur de TF1 Musique. La chaîne de Bouygues a remporté l’appel d’offres en association avec son actionnaire ainsi que le groupe de restauration et de services Sodexo.

TF1 a donc l’ambition de proposer une programmation culturelle digne des plus grandes salles mondiales. Selon Yann Gesneste, il serait tout à fait envisageable d’y écouter des formations telles que le Philharmonique de Berlin.

Plusieurs sujets à propos de ce projet suscitent pourtant bien le débat, voir la consternation chez certains professionnels :

La première saison devrait débuter à la fin de l’année 2016, soit un an après l’ouverture supposée de la Philharmonie de Paris. Par conséquent, ne va-t-il pas y avoir trop d’offre culturelle dans le même secteur?

TF1 compte aussi sur la situation géographique de la cité musicale, au sud ouest de Paris, c’est à dire à l’exact opposé de la future Philharmonie de Paris. Au total, quelque 400 manifestations doivent se tenir dans la grande salle et une centaine de levers de rideaux pour l’auditorium.

 

Egalement, que ce soit du coté de la musique classique, tant que des musiques actuelles, la nomination du groupe TF1 comme responsable de la programmation des deux salles ne fait pas l’unanimité.

Yann Gesnete est conscient que le nom du groupe peut dérouter les mélomanes et aficionados de concerts, tout comme le milieu professionnel de l’industrie du spectacle :

 

Cette nomination marquerait-elle un tournant dans la manière de diriger les établissements culturels en France ?

En effet, ce type de projet reste la plupart du temps piloté par les puissances publiques. Et parler d’exception culturelle française dans la manière de régir les lieux de culture dans ce pays, n’est pas une expression désuète ni démodée…Pourtant, confier la programmation de la Cité Musicale à un groupe privé, même si on a pu voir d’autres exemples dans ce cas là, est un acte significatif pour un projet d’envergure, qui prend son sens dans une conception « remodelé » de la manière d’administrer la musique et ses établissements en France.

Mais si l’on observe la réalité actuelle des salles de spectacle, et au regard des coupes budgétaires incessantes, notamment dans les dépenses culturelles, cette décision n’est pas forcément à condamner… En tout cas, elle est à analyser, et à réfléchir. Aussi, n’oublions pas que la réhabilitation de l’Île Seguin est une volonté forte de la politique menée par Patrick Devedjian, l’actuel président du conseil général des Hauts de Seine… Et que le siège du groupe TF1 se trouve justement à Boulogne-Billancourt, dans ce même département.

La gestion par des opérateurs privés de salles, ou de tâches liées à la production de spectacle, est un modèle qui fait ses preuves outre-manche, comme outre-Atlantique.

Mais il faut savoir que le monde de la culture lui-même est à la fois poésie et entreprise. Car il faut vendre les spectacles, rentabiliser les salles, faire vivre les créateurs. La communication entre les deux univers est, de ce fait, ambiguë. Et s’ils ne partagent pas la même culture ni les mêmes objectifs, ils sont désormais obligés de travailler ensemble. Pour des raisons différentes, l’un a besoin de l’autre pour sa survie économique et sociale.

 

Pour conclure, la grande peur réside dans le fait qu’en règle générale, la culture est pour l’entreprise une question d’affaires… Affaire à suivre !