Bach Is Back

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J’ai participé, durant ce weekend, à un festival de musique baroque. En regardant la programmation je découvre que le thème du concert du samedi soir est « Pop d’époque ». Intriguée et curieuse, je questionne la directrice artistique sur le contenu de la soirée : un jeune artiste, Aleks Schurmer propose de mixer de la musique baroque avec de la musique pop, le tout en mêlant des prestations live et enregistrées. Voilà comment tout cela s’est organisé : sur scène des musiciens en live (le groupe Tabarnaks d’époque de son nom très montréalais) jouent sur des instruments anciens.  Leur prestation est combinée aux voix de chanteurs pop préenregistrées sur vidéo avec une projection d’échantillonnages et d’une panoplie d’images qui créent l’ambiance. Les échantillonnages qui servent de toile de fond aux voix et instruments en live sont construits à partir de cantates baroques de Clérambault et de Courbois. Le but étant de faire converger arts numériques et musique ancienne tout en proposant à ceux qui connaissent moins bien la musique baroque de la découvrir.

J’étais alors impatiente de vivre cette expérience et de découvrir cette nouvelle approche de la musique baroque que j’apprécie énormément. Aujourd’hui on se questionne beaucoup sur les problèmes de renouvellement des publics pour la musique ancienne (et classique en général). On parle aussi beaucoup des « solutions » qu’on pourrait envisager pour séduire et approcher le jeune public afin de le sensibiliser à ce type de musique. Pour moi cette approche « numérique » de la musique baroque offre donc une réponse possible.

Je suis alors allée à ce concert qui était divisé en deux parties : la première offrait une prestation d’un ensemble de flûtes avec un quatuor à cordes qui proposaient un panorama des différents styles musicaux allant de Poker Face de Lady Gaga à Vivaldi en passant par Onslow. Tous les festivaliers habituellement présents étaient au rendez-vous. Puis à 22h, une fois ce premier concert finit, une horde de jeunes gens poudrés de blancs et portant des perruques d’époques sont arrivés (et je ne caricature pas puisque beaucoup étaient habillés ainsi) : les fans d’Aleks Schurmer. Étrange situation que de voir un public aussi contrasté et inhabituel à un festival de musique baroque.

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Malheureusement, les fans de la musique de Schurmer ne sont pas venus assister à un autre concert.  Je ne sais pas si ces concerts mêlant le numérique à la musique baroque sont une solution pour renouveler le public de la musique ancienne. Je sais simplement, en ayant vécu cette expérience, qu’effectivement les gens se déplacent pour venir entendre du clavecin sur un fond de musique pop, mais toujours d’après mes constatations, ils ne viennent pas écouter un clavecin seul. Bon vous me direz : « ils viennent écouter du clavecin, c’est un bon début ! » et vous avez tout à fait raison. Mais dans un sens, je trouve que ce type de concerts est tellement éloigné de ce qu’est la musique baroque que j’ai du mal à imaginer si on peut concrètement réussir à renouveler le public avec ce genre d’interprétations.

Bref, je voulais partager cette expérience ici avec vous, puisque ce fut pour moi une première tentative intéressante de mêler musique baroque et arts numériques afin de proposer une nouvelle approche de cette musique. Je n’ai personnellement pas été convaincue bien que le fait qu’il n’y ait plus aucun siège de libre à cette soirée me donne tort. Je ne sais pas ce que vous pensez de ce type de démarche à titre personnel et je vous propose donc de découvrir un extrait sonore et quelques images de cette prestation pour que vous puissiez vous en faire votre propre idée.

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http://www.aleksschurmer.com/#

http://www.partylikeits1699.com/fr/index.html

http://vimeo.com/64905529

http://vimeo.com/68769888

OpéraBis : L’opéra virtuel en 3 dimensions

C’est en cherchant des informations pour écrire un article sur les décors numériques à l’opéra que je suis tombée par hasard sur un projet qui m’a beaucoup surprise et intéressée. J’ai décidé de vous le faire partager pour ceux qui ne le connaissent pas déjà.

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Le projet : OpéraBis est un projet expérimental qui propose aux internautes à travers le monde d’assister à une représentation virtuelle d’un opéra, c’est-à-dire à une représentation modélisée en 3D. Ce projet expérimental a été testé lors de la saison 2010-2011 de l’Opéra de Rennes.

Concrètement, l’Opéra doit procéder à une captation en caméra vidéo de la scène lors de la première représentation publique de chaque spectacle de sa saison. Cette captation est ensuite retransmise simultanément en son et en image aux internautes via un « OpéraBis » modélisé en 3 dimensions.

Et tout est prévu pour que les internautes se sentent comme « vraiment » à l’Opéra. Ils doivent au préalable réserver leur place sur le site internet (seuls 90 avatars peuvent accéder au spectacle à cause des contraintes techniques) puis ils assistent ensuite en direct à une représentation théâtrale de l’Opéra de Rennes. Comme dans la réalité, les avatars des internautes sont accueillis par un avatar en chef qui doit les placer dans leurs fauteuils respectifs. Mais mieux que dans la réalité, les spectateurs internautes peuvent partager en live leurs impressions sur le concert.

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Les avantages : toutes les représentations virtuelles proposées en ligne sont gratuites ce qui permet à tous, à travers le monde de venir vivre l’expérience de l’opéra sans contraintes financières ni géographiques.

La rediffusion en représentation virtuelle permet aussi de partager l’expérience culturelle avec un public réel et un autre constitué d’internautes. De plus, les internautes ont la possibilité, comme nous l’avons vu plus haut, de discuter et de partager des informations et ils deviennent ainsi les acteurs de l’évènement. Enfin, cette expérience en ligne souhaite rendre les représentations d’opéra interactives à l’image des réseaux sociaux qui font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien. Pour finir, et afin de rendre encore plus ludique cette expérience, OpéraBis propose aussi des visites interactives et pédagogiques de l’Opéra de Rennes en faisant par exemple découvrir la fosse ou les coulisses aux internautes.

En plus d’être l’une des premières offres mondiales d’opéra en monde virtuel, je trouve que ce projet expérimental est un beau projet car il propose une rencontre innovante entre l’opéra et l’art numérique.

Cependant, les contraintes techniques d’accueil du nombre d’avatar et la mauvaise qualité des graphismes sont, vous en conviendrez, des problèmes qui restent à régler. D’ailleurs je me demande s’il n’aurait pas été plus simple de retransmettre l’opéra tel quel en permettant aux personnes d’interagir entre elles en temps direct. Mais cela rendrait la chose beaucoup moins ludique j’en conviens.

Bref, si vous êtes intéressé par ce projet voici quelques liens que vous pouvez consulter : https://www.facebook.com/pages/Op%C3%A9rabis/154510914571378

http://www.paperblog.fr/4021193/opera-bis-rennes-d-un-monde-a-l-autre/

http://lesclesdedemain.lemonde.fr/villes/opera-et-arts-numeriques-une-rencontre-feconde_a-13-916.html

Et si vous vous demandez à quoi ressemble concrètement toute ce que je viens de vous raconter, je vous laisse apprécier l’expérience en image :

STM merci : de la musique au rabais!!!

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Ici à Montréal c’est l’effervescence : la société de métro, la STM, vient de lancer une application appelée « STM merci ».

Le but est en fait d’inciter les montréalais à prendre les transports en commun et de les remercier pour cela. L’application propose alors diverses réductions (appelées « rabais » ici) dont les usagers peuvent profiter s’ils justifient qu’ils prennent le métro. Pour se faire, ils doivent télécharger l’application sur leur téléphone et ensuite se connecter à l’aide de leur numéro de Pass de métro. Ensuite ils bénéficient des offres allant de la réduction chez le boulanger à 50% de réduction sur une offre de concert.

Nombreuses sont les institutions musicales à avoir créer un partenariat avec la STM pour proposer des réductions sur leurs concerts. Et par exemple le Festival Montréal Baroque pour lequel je travaille l’a fait. Alors j’ai un peu discuté avec ma supérieure pour connaître les détails de cet arrangement « numérique ».

Premièrement, pour des festivals de musique dite « classique » au sens large, faire de la publicité sur des applications permettrait de se faire connaître par le jeune public qui utilise au quotidien les téléphones, tablettes… car oui il faut bien penser à renouveler son public!

Deuxièmement, les places que l’on met en ligne avec autant de rabais (généralement 50%  pour que le lecteur soit intéressé) sont en fait des places pour des concerts qui sont sûrs de ne pas être remplis! Cela permet ainsi de s’assurer un minimum de revenu.

Pour finir, ce procédé est totalement gratuit et fait donc de la publicité sans aucuns coûts au festival (qui n’a pas beaucoup de budget pour la communication). En effet, plus il y a d’offres avantageuses, plus le site de la STM sera visité et les personnes voudront s’y inscrire. Donc cette forme de partenariat est bénéfique pour l’économie des deux parties!

Alors, la vente de concert en ligne et la communication par le biais de ces applications est-elle une ouverture vers un nouveau public?

Je ne pense pas tout à fait. Certes, le fait de faire un premier pas, pour ces organisateurs d’événements en musique classique, vers le numérique est un progrès. Seulement, pour bénéficier des réductions concernant ces offres il y a des limites. En effet, l’utilisateur de l’application doit au préalable et dès son inscription sélectionner ses « centres d’intérêts », ainsi quelqu’un qui ne sélectionne pas la musique ne recevra aucunes offres relatives à ce domaine.

A contrario, l’utilisateur qui cochera « musique » dans ses centres d’intérêts recevra toutes les offres de musique actuellement en ligne et pas seulement celles relatives au domaine qui le passionne. A voir s’il choisira de tenter l’expérience baroque si c’est un fan de rap…

(Je vous tiendrais au courant du résultat des ventes de concerts par ce biais)

Assisté, mais qui aurait besoin d’être assisté pour composer de la musique???

Connaissez-vous la MAO ou la Musique Assistée par Ordinateur ? Ce concept se rapporte en fait à toutes les créations sonores et musicales qui ont recours à l’informatique. Parlons de l’informatique justement : nous avons vu, dans tous les articles précédemment publiés sur ce blog, que la naissance d’internet et de l’informatique en règle générale a non seulement modifié la « consommation » de musique mais aussi le lien qui existait entre cette dernière et son public. Mais cette révolution ne s’arrête pas là… La naissance de l’ordinateur et de l’outil informatique en règle générale a aussi modifié la composition de la musique en son cœur.

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C’est à partir des années 1950 que commence cette « révolution » avec une musique électronique conçue à partir de générateur de signaux et de sons synthétiques. Avant de pouvoir être utilisés en temps réel, on enregistrait cette musique sur bande magnétique ce qui permettait aux compositeurs de manier les sons en coupant et recollant ces bandes. Au cours des années, la présence de l’informatique a pris de plus en plus de place dans tous les paramètres inhérents à la musique, à savoir la composition, l’interprétation et la diffusion. En voici quelques exemples :                                                                                   –  La naissance des instruments électroniques qui permet l’élaboration de nouveaux sons. Nous en avons des exemples avec les synthétiseurs comme le Rhodes crée en 1940 mais aussi les Moog. L’objectif étant d’imiter tous les instruments existant dans une machine aussi miniaturisée que possible. De ces créations naîtront non seulement de nouveaux instruments mais aussi de nouveaux styles de musique avec la naissance des DJ par exemple avec les machines créées par Roland.

–          La transformation du support de stockage de la musique. Après le vinyle, la cassette et le CD, le stockage du son est dématérialisé et peut ainsi être facilement dupliqué et stocké dans de tout petit support comme les baladeur MP3.

–          La création musicale a elle aussi été touchée avec notamment la composition d’œuvres assistée par ordinateur : on créée de nouveaux logiciels musicaux capables d’interagir en temps réel avec les interprètes (voir Max Miller et l’IRCAM). L’interprétation est ainsi visée : à l’IRCAM on travaille sur des logiciels capables de réaliser l’accompagnement d’un soliste. Le flûtiste pourra ainsi jouer en s’accompagnant de l’ordinateur qui sera capable de s’adapter à son tempo.

–          On créée aussi des logiciels qui permettent de noter la musique. Plus simple que la partition qui ne permet pas de faire des corrections facilement, des logiciels comme Finale permettent aujourd’hui d’écrire nos compositions et de les entendre au format MIDI sans avoir besoin de mobiliser des musiciens.

–          Pour finir, tout ce qui relève du travail du son en studio est aussi un effet de cette   « révolution informatique » dans le domaine de la musique.

Avec la naissance de l’informatique, la musique en elle-même a été modifiée. De plus, l’accès à l’informatique par tout à chacun permet maintenant à chaque personne équipée d’un ordinateur de s’essayer à la MAO.

Alors pour tous les compositeurs qui lisent cet article, à vos crayons euh… ordinateurs !!!

 

Des éléments d’enquête sur le fonctionnement de My Major Compagny.

 

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A l’ère de la consommation collaborative naît la finance participative qui permet à chacun d’entre nous de devenir « producteur ». Concrètement, des labels comme My Major Compagny (MCC) dont nous allons parler dans l’article qui suit, proposent aux internautes de soutenir financièrement de jeunes artistes. En contrepartie, ces « investisseurs » touchent une rémunération sur les ventes physiques et digitales de l’album.

Beaucoup parlent aujourd’hui des bénéfices liés à la naissance de ces labels qui permettent de donner une chance à de jeunes talents et qui revendiquent des méthodes de financements entre l’artiste et les « actionnaires » avec pas ou peu d’intermédiations par les acteurs traditionnels que sont les maisons de disques par exemple.

Qu’en est-il réellement ? Dans un article publié par Le Point, le 9 janvier 2013 (http://www.lepoint.fr/culture/my-major-company-le-revers-peu-reluisant-de-la-medaille-09-01-2013-1611394_3.php) nous comprenons les limites de ce fonctionnement. Je vous propose un résumé des grandes idées développées dans cet article. Je vous laisse le loisir d’aller le consulter et de lire la réponse de My Major Compagny aux critiques qui lui sont adressées.

MCC : le tremplin pour découvrir de nouveaux talents ? Pas vraiment…

MCC propose de « financer et de donner vie à des projets culturels innovants ». Mais en réalité, la majorité des internautes qui souhaitent investir pour aider un jeune artiste sont bien souvent des « amateurs »  et ils n’ont donc aucunes connaissances artistiques. Ils choisissent bien souvent des musiques qui ressemblent aux tubes du moment. Vous avez par exemple pu remarquer qu’un des « grands » artistes à succès révélé par MMC est le talentueux ( :s ) Baptiste Giabiconi. La deuxième difficulté dans cette découverte de « nouveaux talents » réside dans le délai de production chez MCC qui peut prendre jusqu’à 2 ans. Donc au moment où l’artiste arrive sur le marché il est bien souvent « passé de mode ».

Où va l’argent des internautes ?

Les internautes (sorte de producteurs) qui investissent pour un artiste n’ont pas accès aux comptes et aux bilans de l’album qu’ils soutiennent. En effet, la MMC ne justifie aucune dépense et aucun budget. Voici les propos de Victor Lugger, directeur financier de la société :

« Le label décide seul des dépenses et de façon unilatérale de la production d’un album ».

L’argent sert-il bien à financer la carrière d‘un jeune artiste ou rémunère t-il des personnes « intermédiaires » au projet ?

Des artistes maltraités ?

Si vous êtes auteur-compositeur, la  MCC vous demande d’abandonner 100% de vos droits d’édition. Donc si la chanson est diffusée en radio, télé ou en boîte de nuit, aucun droit ne vous sera reversé. Comme les producteurs, les artistes n’ont pas de visibilité sur les comptes, donc aucun retour sur les dépenses de promo. On ne sait donc pas clairement si leur budget de promotion n’est pas utilisé à d’autres fins. Pour finir et pour donner quelques chiffres, il faut savoir que 20% des recettes nettes hors taxes encaissées par MMC sont reversées aux interprètes, ce qui donne une rémunération inférieure à 2,5% du chiffre  d’affaires engendré par l’artiste !!

MCC : une prison dorée ?

Une fois engager, il est difficile pour un artiste de partir de MCC. Certains artistes ont du faire appel à la justice pour se libérer des contrats et racheter les pistes enregistrée. Voici les propos Nathalie Beaton (chanteuse) qui a elle aussi connu des déboires avec la société :

« Je dirais que les gérants du site n’ont peur de rien par inconscience totale. Un jour cela cessera, car ils tomberont face à des gens qui n’accepteront pas leur comportement incohérent et qui les mettront face à leur inconscience ! Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Michael Goldman qu’on a le droit à tout, encore moins de mentir à des milliers de gens ! Je pense qu’un juge voit les choses de la même manière, n’est-ce pas ? »

Vous avez ici un aperçu des critiques qui sont adressées à ce label participatif dont l’un des créateurs est le fils du chanteur J.J. Goldmann. Je vous invite encore une fois à aller consulter cet article et ceux qui suivront afin d’avoir un aperçu du fonctionnement de ces labels et de la « vraie » répartition des sommes provenant des investissements et des ventes de ces disques.