CD versus MP3

Pour continuer sur les CD, cette semaine, Amazon a sorti une nouveauté : l’Autorip. Chaque album physique acheté sera accompagné par sa version numérique sans coût supplémentaire pour l’usager. La version MP3 sera immédiatement disponible sur Amazon Cloud Player, le service de streaming et de stockage musical d’amazon. L’offre est rétroactive depuis les années 2000.

Certes, c’est quand même très pratique! Je suis sûre que je ne suis pas la seule à détester extraire des CD… C’est terriblement long et il arrive souvent (en tout cas pour les albums que j’écoute!) qu’il n’y ait pas de références exactes sur internet. Je suis alors obligée de taper tous les renseignements parce que je veux savoir ce que j’écoute… Je déteste vraiment ça!

Mais, est-ce que le but rechercher va vraiment être atteint? j’ai quelques doutes… L’objectif affiché pour Amazon est de familiariser ses clients à l’usage des supports dématérialisés. Or, les personnes qui achètent leurs CD sur amazon ne savent pas forcément ce qu’est un cloud. Les personnes qui connaissent déjà le principe, vont continuer à l’utiliser et à écouter leur musique en dématérialisé comme il le faisait sans doute déjà…

De plus, il existe un autre inconvénient non négligeable. Le format numérique ne sera disponible qu’en MP3, ce qui ne convient pas nécessairement aux fans des CD qui achètent ces supports pour la qualité de l’écoute…. Et pour finir, tous les albums ne sont pas disponibles. L’exception au droit d’auteur de la copie privée ne peut pas s’appliquer dans ce cas puisque ce n’est pas l’usager qui reproduit l’oeuvre. Amazon va donc payer une redevance spécifique.

En tout cas, on peut dire que c’est une pub réussie pour Amazon qui veut se positionner comme une entreprise incontournable dans le secteur de la musique enregistrée. Alors est-ce que les gens vont réellement préférer acheter des CD à cette entreprise à cause de cette initiative? l’avenir nous le dira…

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Interlude technologique

J’aime acheter des CD, j’aime pouvoir posséder la musique que j’écoute sur un support physique mais, est-ce que ce n’est pas la même chose que mon inintérêt pour Facebook? La plupart des gens ont intégré cette manière de voir et de communiquer… Quand je vois cette vidéo, je me dis qu’arrivera un moment où je ne pourrai sans doute plus acheter de CD comme je le souhaite et que seul le format numérique survivra … Il faudra bien que je m’y mette ! mais j’espère vraiment que ce sera le plus tard possible!!

En attendant, une petite vidéo pour se détendre… surtout pour les plus vieux d’entre nous… XD

CISAC quésako ?

a CISAC élit Jean-Michel Jarre au poste de nouveau Président, élargit la Vice-présidence à quatre postes : Javed Akhtar, Angélique Kidjo, Marcelo Piñeyro et Ousmane Sow

La CISAC élit Jean-Michel Jarre au poste de nouveau Président et élargit la Vice-présidence à quatre postes : Javed Akhtar, Angélique Kidjo, Marcelo Piñeyro et Ousmane Sow

Début juin, une nouvelle a été publiée dans les journaux: « Jean-Michel Jarre a été élu, jeudi 6 juin, à la présidence de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs » (Le Monde, 06.06.2013) La curiosité m’a alors poussée. Je ne connaissais pas exactement les missions et projets de cette organisation et j’ai décidé d’en apprendre plus. La Cisac est une « organisation internationale non gouvernementale, dont le but est de défendre les intérêts des créateurs et développer les normes professionnelles les plus exigeantes pour protéger leurs droits ». A priori, on peut se réjouir d’un tel projet. Les auteurs s’organisent enfin au niveau mondial pour faire respecter leurs droits et influer sur les décisions sur le numérique au niveau mondial  ! Tant mieux!

J’ai donc visité le site de la CISAC et plusieurs missions y sont évoquées. La principale est de coordonner les sociétés d’auteurs du monde entier.

– La CISAC veut ainsi créer un réseau international qui permet aux sociétés d’auteurs de représenter leurs membres dans le monde entier grâce à la « représentation réciproque ». La société d’auteurs du pays confie la gestion de leurs membres à l’étranger, à des sociétés sœurs.

– Dans un même but, la CISAC a également créé un système d’information commun et un contrat type de représentation réciproque pour une meilleure gestion mondiale des droits.

– Parmi les autres missions évoquées, on peut également citer l’aide à la création de nouvelles sociétés d’auteurs, le conseil grâce à des comités d’experts sur les questions juridiques et le soutien à la coopération entre société. L’idée étant toujours de coopérer pour garantir que les droits perçus reviennent aux créateurs pour l’utilisation de leurs œuvres partout dans le monde ».

Mais, l’article du Monde m’a interpellé. Deux citations sont employées et proviennent de deux personnalités d’une même organisation: la SACEM, « l’un des membres de ce réseau mondial » (sans doute pas un membre parmi d’autres!….) En effet, La Sacem, première société d’auteurs française, est la seconde société au monde par le nombre de ses membres. Il semblerait donc que la CISAC exporte le modèle français des sociétés de gestion collective. La mission de l’organisation n’est pas de réfléchir sur les problèmes du numérique et de la musique. Son rôle n’est pas d’inventer d’autres systèmes mais de promouvoir la gestion collective… à vrai dire, j’ai été quelque peu déçue…

Nécrologies

Cette semaine, deux compositeurs et musiciens sont morts: Henri Dutilleux et George Moustaki. Puisque j’ai développé une aversion certaine pour les chansons du second à cause d’un parent, fan absolu, qui écoutait ses CD en boucle (je suis sûre que tout le monde connaît ça!), je me contenterai de parler du premier.

Vous me direz que parler d’un compositeur à sa mort est loin d’être original.C’est vrai! aussi original que de jouer les œuvres de compositeurs dont on fête les multiples centenaires. (Cette année, Verdi et Wagner, l’année prochaine, Rameau à n’en pas douter!)

Pourtant, c’est peut-être l’une des rares occasions où la presse et la télévision parlent d’un compositeur contemporain de musique « classique » (à défaut de trouver un meilleur terme).

Lors de la mort de Bério, seule arte avait évoqué la nouvelle. Cette fois, l’information est passée aussi sur BFM tv et France tv. Dutilleux est un des compositeurs de musique contemporaine les plus joués et ce n’est pas peu dire!

Dutilleux est né à Angers en 1916 dans une famille d’imprimeur où peinture et musique étaient présentes. Il rentre au conservatoire de Paris où il a pour professeurs les frères Gallons pour l’harmonie et la fugue ainsi qu’Henri Busser pour la composition.

En 1938, à 22 ans, Dutilleux remporte le premier grand Prix de Rome. Mais le séjour à la Villa de Médicis est de courte durée. Mobilisé en septembre 1939, il devient sous-officier de la musique de l’air et il ne reste que quatre mois en Italie.

Pendant l’occupation, il compose des morceaux de concours pour le conservatoire puis est nommé à la Radio dans le service des illustrations musicales. Il compose pour le théâtre, le cinéma (en 1953, pour l’Amour d’une femme de Jean Grémillon) et surtout une musique de ballet qui va le rendre célèbre: Le loup. Cette pièce, commande de la compagnie Roland Petit, est composée sur un livret de Jean Anouilh et Georges Neveux. C’est l’histoire revisitée de la Belle et la Bête: une jeune fiancée délaissée tombe amoureuse d’un loup. Elle finira par mourir en le défendant. Néanmoins, cette partition prévue pour 25 musiciens est peu donnée puisque Dutilleux a toujours refusé son exécution en concert.

C’est en effet son concerto pour violoncelle et orchestre dédié à Mstislav Rostropovitch Tout un monde lointain qui est le plus souvent joué. Dutilleux s’est inspiré des Fleurs du Mal. Chacun des cinq mouvements est lié à une citation. Mais, comme à son habitude, Dutilleux n’illustre pas les vers, (il ne fait pas de musique d’illustration!) il veut créer une osmose entre musique et poésie. Le violoncelle solo sert alors « de relais, de medium entre l’univers de Baudelaire et le monde sonore » [Dutilleux].

Sa dernière œuvre Correspondances s’inspire également de deux textes, deux lettres: l’une de Van Gogh à son frère, l’autre d’Alexandre Soljenitsyne pour le couple Rostropovitch qui a permis à l’écrivain de sortir du goulag. Créée en 2003 à Berlin, par la soprano Dawn Upshaw et le Philarmoniker sous la direction de Simon Rattle, cette pièce a également marqué les esprits. En 2008, elle figurait au répertoire de 16 orchestres, un succès assez unique pour une pièce aussi récente. Elle a d’ailleurs été donnée en février dernier à la Salle Pleyel.

http://www.sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=12541

Si vous êtes intéressés, Les Métaboles, autre œuvre du compositeur, seront données en juin à la Salle Pleyel et vous pouvez écoutez des extraits de son concerto pour violoncelle par Xavier Phillips et l’Orchestre de la Suisse Romande. http://www.sallepleyel.fr/francais/concert/12420-orchestre-philharmonique-de-radio-france-jukka-pekka-saraste-barbara-hannigan

http://www.youtube.com/watch?list=HL1369576110&v=kIS5tpVM6Sc&feature=player_detailpage#t=26s

Rapport Lescure: Acte II de l’exception culturelle

ça y est! Après neuf mois d’attente, une centaine d’auditions, le rapport Lescure est  disponible en ligne. Résultat : un pavé de 500 pages, 2,3 kg pour la version papier (oui! oui! apparemment, Pierre Lescure l’a pesé!) et une liste de 80 propositions. Les journalistes qui ont parcouru (sans doute rapidement!) le rapport retiennent essentiellement trois propositions:

1. La disparition de l’Hadopi. La Haute Autorité serait supprimée mais ses compétences transférées au CSA. La réponse graduée devrait ainsi être conservée mais vidée de son caractère pénal et répressif. Le rapport préconise la suppression des coupures d’accès internet (mesure ô combien impopulaire du projet Hadopi! qui n’a pourtant presque pas été appliquée!) et  une forte diminution de l’amende qui passerait de 1500 à 60 € (le prix d’un an d’abonnement en streaming à Deezer).

2. La création d’une taxe sur tous les appareils connectés permettant de lire du texte, du son, de l’image ou de la vidéo. Cette taxe permettrait de lutter contre le transfert des profits de l’amont (les ayants-droits) vers l’aval (les fabricants et distributeurs de terminaux). Le taux en serait très bas mais l’assiette large permettrait un rendement de 86 millions d’euros par an. La taxe sur la copie privée serait soit fusionnée à cette mesure soit supprimée. Il faudra alors revoir l’ensemble de la répartition de ces recettes…

3. Une chronologie des média plus resserrée.  L’auteur propose d’assouplir la chronologie des médias, mécanisme destiné à protéger les salles de cinéma. Actuellement, un film ne peut être proposé en VaD que 36 mois après sa sortie en salle. Ce délai pourrait être divisée par deux. Cette proposition, déjà évoquée dans le rapport Olivennes, ne semble pas prendre toute la mesure de la rapidité des échanges sur internet.  Quand on sait que la plupart des films sont disponibles en téléchargement illégal dès leur sorties, on se demande ce que ça va changer….

De l’aveu de l’auteur, ce texte se veut réaliste mais pas révolutionnaire. Pourtant, Pierre Lescure reste ambitieux puisqu’il souhaite que « 60 à 80% de ses propositions soient suivies d’effets règlementaires ». Le but affiché est de « protéger l’exception culturelle française » mise à mal par le téléchargement illégal et les ambitions d’Amazon, de Google, … Le rapport rappellent que les biens culturels ne sont pas des marchandises comme les autres et que le but de cette mission est de proposer des mesures valides pour protéger le droit d’auteur. Ainsi, la licence globale n’a pas été retenue. Selon l’auteur, les avantages seraient certains mais il existerait trop d’obstacles juridiques, économiques et pratiques pour l’appliquer. De plus, la taxe mise en place serait beaucoup trop chère pour les internautes (20 à 40 euros par personne) et, selon Pierre Lescure, il ne faudrait pas ajouter à la « révolution des usages », « une révolution structurelle » (et pourquoi pas?). On peut aussi regretter qu’aucune taxe sur les profits de Google ne soit proposée… Maintenant, il reste à savoir si le gouvernement va prendre en compte ces propositions qui viennent après le rapport Zelnick de 2010. Ce dernier n’avait pas été suivi de réelles mesures…

Affaire à suivre donc et pour les plus courageux !

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Actualites/A-la-une/Culture-acte-2-80-propositions-sur-les-contenus-culturels-numeriques