LA RADIO 2.0

Radio France vient de créer une nouvelle radio, après France Inter, France Info, France bleu, France Musique… le groupe radiophonique annonce la création de sa 8ème chaîne du réseau, RF8.

Le défi est important, car il s’agit pour Radio France de sa première radio numérique. Pour Joël Ronez, directeur des nouveaux médias à Radio France « La radio est un média prospère, mais de plus en plus concurrencé ». A l’heure où le jeune public écoute de la musique principalement sur les plateformes internet, il faut pouvoir répondre à l’évolution logique des consommateurs grâce aux nouveaux outils technologiques.

 

Aujourd’hui selon un dernier sondage pour le CSA, 8 personnes sur 10 écoutent la radio soit 43.3 millions d’auditeurs. La radio s’impose comme un média incontournable. 900 opérateurs, plus de 700 fréquences et des milliers de radios web. Les supports numériques ne sont pas en reste, plus de 8 individus sur 10 peuvent accéder aujourd’hui à une station via un ordinateur, 7 sur 10 via un téléphone. 12% de la population écoutent la radio sur un support multimédia, c’est 3 fois plus qu’en 2009. Les auditeurs la suivent principalement en voiture, au travail avec une durée d’écoute en moyenne de 2h57 (mars 2014) contre 3h12 en 1993. Les motivations sont multiples, mais en premier lieu, ils affectionnent particulièrement la musique suivie de près par l’information. Les contenus locaux sont également très fédérateurs avec une moyenne d’écoute de 10 millions de personnes.

Beaucoup de patrons de radios musicales s’inquiètent de l’incroyable développement technologique de ces dernières années, car beaucoup d’alternatives s’offrent aujourd’hui aux auditeurs. Plusieurs courants s’affrontent, entre ceux qui voient la concurrence internet comme une menace, et ceux qui y voient une véritable opportunité de se développer.

La radio internet est une suite logique de l’ère 2.0, le numérique marque un tournant important dans la façon de faire de la radio. Ils se sont adaptées aux auditeurs, proposent désormais les contenus au service du web, avec des informations complémentaires aux programmes radio pour les internautes. Les émissions sont filmées permettant de regarder certains programmes radiophoniques. L’auditeur peut facilement identifier une voix grâce à des photos postées sur les sites, il y a aujourd’hui une interactivité avec l’auditeur qui peut réagir de façon instantanée avec les présentateurs. C’est une relation ontologique que l’auditeur noue avec la radio. Le streaming ou le podcast modifie aussi le statut de la radio, ces nouveaux modes d’écoute pourraient changer l’image et la pratique de la radio qui était perçue jusqu’à présent comme un média en direct. Internet offre aussi la possibilité d’écouter une autre zone géographique que la sienne. Sachant que 86% des jeunes écoutent la radio sur youtube, beaucoup se sont lancés dans les chaînes de télé tel que Virgin Radio qui y diffuse des clips de sa playlist. RTL filme également 12h/jours ses programmes, quand à Europe 1, c’est la plus impliquée dans la relation radio-vidéo. Il s’agit de faire de la radio autrement, avec des formats plus courts, échanger avec les auditeurs en direct, ajouter de l’image devenu complémentaire au son.

 

Un autre phénomène risque de changer les règles du jeu : c’est la radio personnalisable. Prenons l’exemple de « Pandora », fort de son succès, avec 100 millions d’auditeurs. Celle-ci est capable d’identifier les goûts de ses auditeurs et de leur transmettre le contenu qui leur convient le mieux, indépendamment du contenu personnalisé envoyé aux autres. L’avantage de ce nouveau concept est la possibilité de cibler très précisément des échantillons d’auditeurs qui correspondent à leurs produits, en fonction de leurs goûts musicaux et des données démographiques. C’est aussi ce qui fait le succès de Google Adwords.
Le média radiophonique ne semble pas menacé de disparition, l’information reste très importante aujourd’hui pour les consommateurs au quotidien, mais aussi lors de temps de crise. L’avenir de la radio s’annonce bien plus prometteur que l’on ne pense grâce aux nouvelles technologiques qui peuvent permettre de proposer des contenus locaux, ciblés en les combinant avec une sélection musicale personnalisée, cela permettra d’atteindre les auditeurs qui jusqu’à présent, n’écoutaient que très peu la radio.

Les données personnelles valent de l’Or pour les géants d’Internet

Mark Zuckerberg, PDG et fondateur du réseau social le plus fréquenté du monde, a déclaré récemment que « Facebook n’a pas été créé pour être une entreprise, mais pour remplir une mission sociale : rendre le monde plus ouvert et connecté ».

Le célèbre réseau social vient de multiplier son bénéfice net par trois au premier trimestre 2014, le PDG a publié son chiffre d’affaire au mois d’avril qui se monte à 2,5 milliards de dollars, ce qui représente pas moins de 1,81 milliards d’euros, soit une hausse de plus de 72 % en un an.
Le nombre d’utilisateurs a atteint le chiffre record de 1,23 milliard de membres actifs, représentant une augmentation de 4 % depuis le dernier trimestre 2013. Ce chiffre est regardé de très près par les publicitaires, qui y voient une force commerciale très puissante. Facebook a, grâce à cela, vu sa recette publicitaire bondir de 82 % en un an, lui permettant de gagner un confortable revenu de 2,27 milliards de dollars.

L’enjeu est de taille avec tous ces utilisateurs, c’est autant de données qui sont stockées sur les disques durs et les serveurs sans que vous vous en rendiez compte. Ordinateurs, Smartphones, tablettes, GPS, distributeurs de billets, cartes de paiement… sont des donnés privées extrêmement précieuses pour les géants d’internet, que l’on appelle également par l’acronyme GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). La vie personnelle d’un européen est estimée aujourd’hui à plus de 600€, selon une étude du Boston Consulting group (BCG). Ils prévoient qu’en 2020, celle-ci vaudra trois fois plus, soit 1800€ par profil. Facebook tire profit de ses utilisateurs, à raison de 5 dollars en moyenne pour chacun, soit un total estimé à 5 milliards de dollars.

Pour continuer à être performante, ces entreprises doivent pouvoir stocker les données de ces clients, d’où la construction de ses sites stratégiques que l’on nomme « les data centers ». Ils permettent de financer des réservoirs gigantesques de données en toute discrétion, à l’abri des autorités de l’Etat.

La capacité d’influence des « Gafa » est devenue en quelques années considérables. Ils ne représentent pas moins de 300 milliards de dollars du chiffre d’affaire annuel. Si Apple et Amazon sont facilement identifiables comme des commerçants, Facebook et Google ont un fonctionnement différent. Leur modèle économique est basé sur la publicité. Tout les intéresse ; ce qui est tapé sur le clavier, cherché, posté… Google à la particularité d’avoir plus de soixante services gratuits (Google maps, gmail, youtube…) qui lui permet d’avoir une grande force de frappe contrairement à ces concurrents. Le géant sait absolument tout ce qui se passe dans le monde, en temps réel, grâce à toutes ses applications gratuites, qui dans les faits lui permet de suivre ses visiteurs. Il peut proposer des services personnalisés pour chacun. Son atout principal reste son moteur de recherche où en moyenne 30 % de l’activité des internautes est consacrée à des recherches commerciales. Google est le créateur et l’heureux propriétaire des algorithmes les plus puissantes du monde, il pratique du ciblage comportemental en proposant le bon message à la bonne personne. Il a réalisé grâce à cela, un chiffre d’affaire de 17 milliards de dollars en 2012.

Cette révolution bouscule les autorités ; en France, le gouvernement espérait pouvoir introduire des mesures de taxation des données dans la loi des finances 2014, mais les mesures de contrôles de l’état restent pour le moment inadaptées à la réalité de la toile internet.
Ce qui est certain, c’est qu’il est difficile d’échapper à cette collecte des données personnelles au profit de ces géants d’Internet. Ce qui est très préoccupant et inquiétant, c’est l’absence d’Apple et Google cette année, dans le classement des entreprises du top 20 du Ponemon Institute répertoriant les entreprises protégeant le mieux les données. Il est à noter aussi que Facebook n’a jamais fait partie de ce classement !

La toile est devenue un instrument de surveillance en toute légalité, aux yeux de tous, sans que les internautes y voient un inconvénient majeur, compte tenu du nombre toujours croissants d’utilisateurs.

LA SYNCHRONISATION PUBLICITAIRE, LE NOUVEL ELDORADO DES MAJORS ?

Les revenus des maisons de disques ont beaucoup diminué avec l’arrivée d’internet, le marché du disque n’est plus aussi lucratif que dans les années 90, avec la vente des supports physiques. Afin d’endiguer cette crise, les majors décident d’exploiter leurs catalogues d’une manière différente, en développant des revenus complémentaires avec la musique de la publicité.

La place de la musique dans la publicité n’est pas une pratique nouvelle, elle a débuté dans les années 30 avec les annonces publicitaires à la radio. La présence des supports musicaux permettait de rendre plus attrayant la diffusion des messages lus en direct. On faisait appel à des compositeurs ou chanteurs populaires pour égayer des communiqués monotones.

A partir des années 70, avec l’apparition des spots publicitaires à la télévision, beaucoup de maisons de production voient le jour pour répondre à la demande croissante des directeurs de chaînes dans la réalisation de publicités sonores et audiovisuelles. Banques, voitures, lessives, compagnies aérienne… beaucoup de spots sont devenus célèbres et indissociables de la musique qu’ils les accompagnent. On garde en mémoire des groupes tels que Moby, Nirvana, U2… beaucoup d’artistes ont su se faire connaître grâce à leur habillage publicitaire.

Le droit d’auteur en France est régi par la loi du 3 juillet 1985 codifié dans le code la propriété intellectuelle. Pour obtenir le droit d’utiliser une musique dans un spot publicitaire, il faut au préalable que les publicitaires s’acquittent d’une part des droits éditoriaux (compositeurs, auteurs et éditeurs originaux), et des droits phonographiques (producteur propriétaire de l’enregistrement). Ces droits sont calculés par les majors au cas par cas et selon la popularité du sample utilisé. La fourchette peut varier entre 30 000€ et 210 000€. La synchronisation publicitaire est devenue une pratique relativement lucrative avec la vente des licences pour les maisons de disques car elles sont souvent propriétaires des droits éditoriaux et phonographiques, à cela s’ajoute également la perception des droits de diffusions. En 2012, les revenus des synchronisations mondiaux sont estimés à 300 millions $.

Malgré tout, c’est encore insuffisant par rapport aux années phares de la musique enregistrée. De plus la réalisation d’un spot publicitaire est d’une grande complexité, la demande des annonceurs est souvent délicate à satisfaire. Pour qu’un titre soit retenu, il faut qu’il puisse correspondre à quatre grands « archétypes ». Un premier style frais et féminin est souvent utilisé pour faire passer une image intimiste et positive d’une marque, le second se veut grandiose, épique pour donner un effet spectaculaire (avec Moby par exemple). Le 3ème consiste à sélectionner un standard dont la valeur ajouté est la notoriété du titre et de l’artiste (Free de Stevie Wonder pour la Banque populaire). La dernière recette, la plus risquée en terme de communication, consiste à proposer au public une musique correspondant à l’identité de la marque (Air France – Chemical brothers), et les faire adhérer au projet.

Avec l’explosion du marché de la synchronisation publicitaire, les majors de disques ont, non seulement développé une source de revenus de substitution à ceux des supports physiques, mais aussi trouver un tremplin médiatique pour leurs artistes en faisant apparaître le nom et le titre de l’album sur le spot publicitaire. Ainsi, maisons de disques et marques deviennent des partenaires indispensables. Ils contribuent à travers l’habillage publicitaire à mettre en avant le travail de l’artiste, permettant aux majors d’éviter d’investir massivement dans le marketing.

La révolution numérique court toujours

La découverte du microprocesseur dans les années 70 a marqué une étape importante dans la société post internet. Depuis, l’ensemble de la vie sociale d’aujourd’hui se trouve bouleversé par les technologies numériques qui accompagnent la vie quotidienne de chacun des citoyens. Les générations les plus anciennes se sont également laissées séduire par les nouvelles perspectives qu’offrent Internet.

L’apparition des réseaux sociaux a marqué une étape importante dans les comportements des usagers, laissant la place à la création de nouveaux codes. L’internaute intervient, réagit de façon instantanée sur l’actualité, avec autant de poids et de légitimité que pouvait avoir un journaliste. C’est tout un système économique qui se trouve modifié, tout particulièrement l’économie du disque qui tente de faire face à l’accession gratuite des internautes aux œuvres culturelles via les plateformes. Les producteurs phonographiques se sont trouvés désorientés, n’ayant pas vraiment mesurés l’impact des nouvelles technologiques dans l’évolution de leurs métiers.

De nombreux artistes ont déjà bien saisi tout l’enjeu et le pouvoir qu’offre l’ère numérique. La grande Reine du R&B, Beyoncé a sorti son nouvel album au mois de décembre 2013 sans passer par les circuits traditionnels de distribution et de longues séries de promotion sur les plateaux de télévisions. Au contraire, l’artiste en a même caché l’existence jusqu’au dernier moment. Un simple mot : « surprise », accompagné d’une photo sur les réseaux sociaux a signifié aux fans la sortie de son 5ème album sur la plateforme I-tunes.Ce pari risqué, s’est avéré très rapidement plus que satisfaisant. L’album s’est hissé à la tête des meilleures ventes en seulement trois jours, avec pas moins de 617 000 exemplaires. La force des réseaux sociaux est comparable à une longue tournée de promotion d’album, et offre aux artistes l’avantage de se préserver de cette fastidieuse corvée qui paralyse leurs agendas sur plusieurs mois, les coupant de leurs activités principales.

Le statut d’artiste se modifie, permettant désormais de partager sa musique sans être obligé de disposer d’un contrat avec une maison de disque. Les internautes peuvent librement choisir leurs musiques sans être dépendant de l’offre de leurs disquaires le plus proche. C’est toute l’industrie du disque qui s’est retrouvée propulsée dans un autre temps, laissant la place à un nouveau mode de consommation de la musique dont les majors tentent d’en reprendre le contrôle depuis une quinzaine d’années. Les revenus de la musique enregistrée dans le monde ont reculé, le chiffre d’affaire des majors a baissé de 16.7 % en 2013.

Néanmoins, pour la première fois cette année, les revenus des ventes physiques sont devancés par les ventes numériques avec un revenu total estimé à 5.9 milliards de dollars (2013). Les majors peuvent-elles enfin croire à la fin d’une longue période de tourmente et penser à un avenir plus serein avec le streaming ?
Source : Le Monde