Musique / danse/ Théâtre et handicap ?

Sur le fond tout le monde s’accorde ! mais sur la forme c’est la cacophonie.

Pourtant depuis bientôt 10 ans la loi sur l’égalité des chances de 2005 a inscrit ce droit concernant l’enseignement et la pratique artistique.

Le nombre de personnes en situation de handicap est évalué à 10%. Sur les lieux d’enseignement on en constate la quasi absence de nos structures.

 

D’un côté les familles se plaignent de l’absence d’offre. De l’autre les collectivités et structures privées ont beaucoup de mal à évaluer la demande potentielle avant de créer une activité. Il est parfois même nécessaire de commencer sans inscription. A l’heure ou  le secteur est lui aussi en crise la position du décideur est proche de l’équilibriste.

Cercle vicieux  : l’offre attend la demande qui, à son tour attend l’offre …

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Mais à bien y regarder la question est plus complexe sur le fond :

Du point de vue de la structure :

– Le handicap n’est pas un « fourretout » et demande une expertise détaillée. Prenons un exemple : Accueillir pour un cours de clarinette, un enfant en fauteuil ou en enfant autiste est radicalement différent. Sans même parler d’un cours de danse.

– Les questions d’accessibilité des locaux sont intimement liées au surcout généré pour les collectivités ou structures privées.

– Faut-il réserver certains cours au risque de stigmatiser les personnes en situation de handicap ou de les mélanger volontairement et susciter chez certains craintes et angoisses injustifiées ?

 

Du point de vue des familles :

– La pratique artistique, dans ce contexte, est considérée à tort comme un « luxe ».

– La régularité des cours est souvent peu compatible avec un emploi du temps déjà très contrait.

– Peu de familles imaginent que la structure puisse s’adapter et s’ouvrir à ce type de profil.

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Pour répondre à ces questions quelques pistes :

– L’accueil des personnes en situation  de handicap doit avant tout être issu d’une véritable logique de projet porté par une équipe : Définition du type de handicap, modalités pédagogiques …

– La formation et le suivi des enseignant est primordial pour la réussite du dispositif concernant la connaissance de ce public et les alternatives pédagogiques.  On rencontre trop souvent des équilibres reposant sur quelques « bonnes volontés ». Si la motivation est nécessaire elle ne fait pourtant pas tout.

– L’information est un point central. Elle doit se faire par le biais de structures relais : Association régionales ou départementales (Musique et handicap(1), Mesh, Sidvem …) institutions médico éducatives, Maisons départementales du Handicap (MDPH). L’accueil doit être visible sur l’ensemble des documents de communication de la structure.

(1) Focus : Le réseau Musique et Handicap

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De nombreuses initiatives existent autour de projets liant la musique et le handicap, mais elles sont que rarement visibles. Des professionnels (enseignants, musiciens, éducateurs…) sont prêts à monter des projets, mais sont souvent isolés dans la mise en œuvre et manquent de relais, d’information… Pour cette raison, « MESH » a lancé un appel en 2008. De nombreuses structures, notamment l’UNAPEI (l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis), la Cité de la Musique,… se sont réunies pour réfléchir sur ces questions.

Cette réflexion a donné le jour en février 2009, au Réseau Musique et Handicap pour créer un nouvel outil« concret et léger qui favoriserait l’échange entre professionnels et l’accompagnement de ces derniers ». Les membres de ce réseau sont tous signataires d’une charte de valeurs communes « défendant le principe d’accès aux droits fondamentaux que sont les loisirs et la culture pour tous, y compris les personnes handicapées ». Elle se situe ainsi plus loin que le travail de musicothérapie, comme une normalisation de l’accès à la musique des personnes handicapées.

Il s’agit concrètement de permettre aux personnes en situation de handicap d’avoir accès à la musique, au niveau physique (l’accessibilité aux bâtiments) ainsi qu’aux contenus artistiques. Le réseau permet aux personnes membres d’échanger des informations, de trouver des partenaires pour monter des projets, de favoriser les initiatives locales…

 

Réapprendre à écouter ?

 

 La notion d’éveil musical comme une porte ouverte sur le monde « du sonore au musical » est-elle encore d’actualité de nos jours ?   

 Depuis 10 ans, les avancées techniques ont transformé l’expérience du divertissement.

Les nouvelles manières d’écouter représentées par la dématérialisation et le nomadisme a finalement permis la généralisation de l’écoute au casque.

Les médias ont bénéficié d’améliorations qualitatives à l’exception de la musique.  Effectivement les iPods et les fichiers numériques compressés, le format audio le plus populaire aujourd’hui, désincarnent la musique. Les traitements appliqués à la musique et ses nouveaux modes de diffusion en façonnent notre écoute, influencent aussi notre capacité à « communiquer ».

Avec ces nouveaux outils de diffusion et de restitution, qu’entendons-nous ? Qu’il s’agisse de musique, de voix parlées ou des sons de la nature, comment chacun de nous construit-il son référentiel sonore ?

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À bien des égards, la qualité de ce que le public écoute a régressé. Pour de nombreuses oreilles averties, les fichiers audio compressés produisent un son métallique, grêle et crépitant, à la différence d’un CD et assurément d’un vinyle.  La musique enregistrée n’est jamais le reflet exact du son d’origine.

Aussi perfectionnées que puissent être les techniques utilisées pour l’enregistrement, pour la diffusion et pour la restitution, les choix esthétiques, techniques ou économiques modifient toujours ce qui nous sera donné à entendre. Dès lors, comment distinguer un son de qualité d’un son médiocre ?

 

Dans une certaine mesure, le secteur de la musique est victime de son propre succès technologique : la facilité avec laquelle on transfère des chansons sur un ordinateur ou sur un iPod a signifié l’abandon, pour toute une génération de fans, de la pureté du son au profit d’une écoute nomade et pratique. Voilà l’obstacle auquel se heurtent les majors qui s’efforcent de développer une meilleure qualité d’écoute, à un prix plus élevé.  Dans la majorité des cas si les gens veulent un meilleur son, les solutions sont nombreuses, mais ils n’en voient même pas l’intérêt : Pour apprécier la qualité d’un son, il faut disposer, quelque part dans sa mémoire, d’un ensemble d’expériences sonores, d’écoutes de sons naturels, avec lequel s’élabore progressivement ce qui devient notre référence, notre étalon sonore – auquel nous pouvons comparer ce que nous entendons. Cela commence par les berceuses qu’un parent attentionné chante à son enfant et se poursuit dans l’apprentissage du langage, dans la pratique d’un instrument ou du chant, par l’écoute d’instruments de musique.

Malheureusement, la musique jouée dans un lieu approprié et écoutée sans recours à des moyens technologique à totalement disparue pour le grand public

On se balade souvent avec sa musique. Elle constitue un fond sonore pour la pratique d’autres activités — pendant le sport, dans les transports ou en cuisinant.  D’ailleurs, les plus jeunes préféreraient presque un son de moindre qualité. Des études auprès d’étudiants montrent leur intérêt pour le son de fichiers contenant moins de données aux enregistrements hauts fidélité.  Ce changement est tout aussi culturel que technologique. Depuis les années 1950 et pendant de nombreuses décennies, une chaîne hi-fi coûteuse représentait un objet de fierté. Aujourd’hui c’est les nouveaux téléviseurs à écran plat. 
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L’avenir tient à la façon dont nous allons continuer à éduquer notre oreille, et à notre capacité à (ré)apprendre à écouter.

 

Musique et cinéma heureuse rencontre ou mariage forcé ?

Un peu d’histoire pour comprendre …

Tout commence par un silence. Le cinéma, muet à sa naissance, est très vite accompagné de sons : bruitages réalisés en direct, musiciens d’accompagnement. Pour la première fois en 1900 des projections publiques de films muets, sont présentées sonorisées à l’occasion de l’exposition universelle à Paris. Plus tard dans les années 1930 le public assistera aux grandes heures du cinéma parlant à Hollywood.

Mais attardons nous sur la question du cinéma « sonore » et de son rapport intime à la musique. L’une des premières partitions fut celle écrite par Camille Saint-Saëns en 1908 pour le film « L’assassinat du duc de Guise ».

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A cette époque de nombreux compositeurs  s’essayèrent  à ce nouveau genre : Prokofiev, Honneger, Milhaud, Chostakovitch … et en parallèle à la musique écrite pour orchestre c’est en petite formation sur des musiques improvisées que la majorité des films sont accompagnés.

Pour l’anecdote, en 1930, Fédor Chaliapine chanteur et acteur commanda simultanément sans qu’ils n’en savent rien, à Maurice Ravel  et Jacques Ibert un cycle de trois mélodies, destinées au film Don Quichotte de l’autrichien Georg Wilhelm Pabst. Finalement ce sont les mélodies composées par Jacques Ibert qui furent retenues  (ce qui mit ce dernier dans un grand embarras). Il nous reste, de cette drôle d’histoire, deux très beaux cycles de mélodies.

Les cinémas se dotent d’orchestres, et on installe même un écran à l’Opéra de Paris ! On raconte que Maurice Ravel lui-même assurait que le cinéma finirait par prendre la place de l’Opéra. Un siècle plus tard, la réalité ne dément pas la vision de l’artiste.

Et Aujourd’hui ?

Le  cinéma, art mineur à sa naissance, a cherché ses lettres de noblesse auprès des musiciens.

Un siècle plus tard nous assistons à un véritable retournement. C’est la musique « classique » qui cherche secours auprès de l’aura du grand écran.

Dans un premier temps original, le répertoire de musique de film au concert vire aujourd’hui à la systématisation et à la véritable recette. Plus aucune prestation amateur ou professionnelle sans entendre un grand thème du 7ème art. Quand il n’est pas question du trop fameux « Star Wars » de John Williams ou du « seigneur des anneaux » d’Howard Shore – accompagné, au mieux d’un vague diaporama désincarné-.

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Et c’est de là que vient l’incompréhension. Le lien entre musique et image répond à une mécanique et une logique particulière. Le ciné-concert ou la musique écrite pour le cinéma demande la plus grande attention.

On ne cherche pas ici à égratigner  le « populaire ». Si les grands thèmes du cinéma amènent un public renouvelé au concert on ne pourra que s’en féliciter.

Mais prenons garde à ne pas trop user des bonnes recettes jusqu’à l’écœurement.

« Qui trop embrasse mal étreint » il est donc temps pour les musiciens de prendre la distance et la considération que l’on doit au grand écran. Inventons, renouvelons cette belle histoire d’amour entre musique et image mais n’en abusons pas pour de mauvais prétextes.