La médiation 2.0 : le numérique s’invite à la table des médiateurs

Le web 2.0 a changé l’accès à la culture et à la connaissance et a profondément modifié les pratiques dans le domaine culturel. L’accès aux outils de création et de diffusion est plus aisé. Le web permet de démultiplier les contenus.

Les nouvelles technologies sont aujourd’hui exploitées dans le domaine de la médiation culturelle.

Cette question intéresse le Ministère de la culture et de la communication, l’éducation artistique et culturelle étant l’un des sujet prioritaire du gouvernement actuel. Lors de la Silicon Valois, la Silicon Valoisministre de la culture Aurélie Filippetti a affirmé que le numérique permettait de toucher des personnes qui ne peuvent se déplacer physiquement dans les lieux culturels ou n’ont pas l’habitude de les fréquenter. La conférence « Transmettre la culture à l’ère du numérique » s’est d’ailleurs tenue le 7 novembre 2013.

Un des cinq axes de la politique du ministère est le développement des ressources numériques culturelles, en priorité envers les jeunes et les enfants, en augmentant la visibilité des ressources existantes et leur caractère interactif.

 

Une nouvelle médiation pour petits et grands

Des nouveaux espaces de transmission, en marge des institutions traditionnelles que sont l’école et les équipements culturels, ont émergé. L’accès à des contenus culturels numérisés, en quelques clics, est instantané. Dans ce contexte les jeunes générations sont plus investies dans les pratiques numériques. Les digital natives, les jeunes de la génération Y, sont en première ligne sur les réseaux sociaux. Mais il est nécessaire de ne pas négliger certains publics, de différents milieux sociaux, dans le temps scolaire ou non, qu’ils soient enfants ou adultes.

Prendre conscience des évolutions, s’adapter aux nouvelles pratiques des jeunes, suivre les évolutions technologiques, s’engager dans les différentes dynamiques participatives, construire une pédagogie adaptée, accompagner les pratiques, former les encadrants, repenser les enjeux et les objectifs de l’apprentissage : les défis à relever sont nombreux quel que soit le domaine artistique.

 

Quelques exemples innovants de médiation par le numérique

Les musées

Les musées utilisent de plus en plus les outils du numérique pour faciliter et accompagner la visite, voire attirer du public.

  •  Le Louvre : propose des applications à louer sur place ou à télécharger. Un nouvel audioguide pour Nintendo 3DS est téléchargeable sur le site. Il contient plus de 35 heure de contenu (interviews, commentaires sur les œuvres, images en haute définition et reconstituées en 3D, etc.). Le Louvre Abou Dabi propose lui des jeux pour les enfants alors que leurs parents pourront visiter le musée avec un audio-guide.
  •  Le Centre Pompidou virtuel : véritable centre de ressource en ligne, il contient des œuvres et leurs notices, des portraits d’artistes, des archives et des documents de médiation. Il ne constitue pas un substitut à l’œuvre mais un accompagnement à sa découverte, en amont et en aval, selon Agnès Saal, directrice générale du Centre Pompidou. Pour plus d’interactivité, les internautes sont sollicités.
  • Le MUCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) : a élaboré un guide multimédia proposant une découverte à travers plusieurs parcours. Une sélection d’objets, commentée par des spécialistes et des artistes, permet de mieux comprendre les œuvres du parcours.

Les bibliothèques

Étant donné leurs activités, les bibliothèques ont des données déjà très structurées, qualité transférée dans le domaine numérique.

  • BNF : le site  » data.bnf.fr  » contient des programmes de spectacles, des maquettes de décors, des fonds de partitions, des notices sur des compositeurs… Les fonds sont en partie issus de donation des compagnies et autres structures culturelles. Le Théâtre du soleil leur a, par exemple, versé toutes ses archives.

Les centres numériques

  •  Le Cube : pionner en matière d’éducation par le numérique, a créé de nombreux outils de médiation numériques. Il a par exemple mis au point avec un designer et en partenariat avec Nathan, l’Etabli numérique, une table interactive pour des enfants de maternelle.

Le spectacle vivant

  • Le Fourneau (Centre national des arts de la rue en Bretagne) : avec son espace culturel multimédia, il propose notamment un site contributif de spectateurs, devenu aujourd’hui site ressource sur les arts de la rue. Un retour sur les activités est ainsi possible du point de vue de la structure et du spectateur.
  •  Le MuPop (Musée des musiques populaires de Montluçon) MuPoppropose aux visiteurs un système d’écoute individuelle par casque qui permet à chacun de composer son propre programme musical. L’établissement utilise le numérique dans ces différents parcours. Le parcours musical est un parcours instrumental ludique et interactif grâce aux nouvelles technologies et via les 200 points d’écoutes. Le parcours numérique est dédié aux nouvelles technologies du son, tant du point de vue de sa création que de sa diffusion. Il présente des réactables, instruments électro-acoustiques qui mettent les technologies à la portée de tous à travers un usage simple et intuitif basé sur le toucher.                                                       

Médiation 2.0 : mais que fait le spectacle vivant ?

La conférence « Transmettre la culture à l’ère du numérique », citée plus haut, témoigne de l’absence du domaine du spectacle vivant alors que le livre et la lecture, les arts visuels et les institutions muséales ont évoluée dans leur pratique par le numérique.

Le spectacle vivant s’expose plus difficilement que l’image. L’aspect muséal de la musique utilise néanmoins aujourd’hui le numérique comme outil de médiation. Mais la médiation par le numérique dans le spectacle vivant reste complexe. Souvent elle se limite à une mise en ligne des restitutions comme le pratique l’Orchestre national d’Île-de-france. Les réseaux socio-numériques, comme Facebook, sont utilisés pour photographier, commenter et diffuser.

Outils numériques

Comment utiliser le numérique dans le spectacle vivant ? Quels outils développer pour une médiation 2.0 ?

Tout reste à inventer !

 

 

Les enjeux du numérique à la Philharmonie de Paris

Philharmonie de ParisLe numérique est devenu un enjeu majeur pour le secteur culturel. Aujourd’hui, toutes les structures culturelles travaillent sur ce point.

La Cité de la musique, établissement qui fera partie de la Philharmonie de Paris à partir de janvier 2015 lors de son ouverture, conduit depuis plusieurs années une politique de distribution de ressources numériques. Cette politique s’illustre dans chacune de ses trois grandes missions : lieu de diffusion de spectacle vivant, la Cité de la musique possède un espace muséal et un pôle d’éducation et de transmission.

La nouvelle version du site internet est mise en ligne au début de l’année 2013. De nouveaux portails, en lien fort avec la programmation de l’établissement, sont ouverts pour répondre à ces missions. Le numérique est, à la Cité de la musique, un instrument de transmission et de communication.

La relation avec les publics prend, par ces portails, des formes nouvelles au-delà du temps du spectacle, en intégrant de nouveaux contenus culturels et sociaux interactifs. Les réseaux sociaux jouent ici un rôle important. L’établissement public a d’ailleurs engagé en 2013 un community manager. Ce renouveau a pour but premier d’élargir les publics.

Les ressources du site internet

Les ressources, riches et variées, répondent à chacune de ses missions.

  •  Mission de diffusion

L’enregistrement des concerts depuis 2003 puis leur mise en ligne avec la création de la médiathèque en 2005, rendent une collection de concerts accessible sur le site. En octobre 2010, le lancement du portail de musique en ligne Cité de la musique live amplifie cette diffusion.Cité de la musique live

Ce portail propose des concerts en accès libre (VOD, live ou archives) et annonce les prochains concerts qui seront disponibles. En 2013, l’internaute pouvait trouver 1 500 concerts audio et 300 concerts vidéo. Marie-Hélène Serra, directrice de la Pédagogie et de la Médiathèque de la Cité de la musique, voit ce portail comme une « doublure numérique de la salle de concert ». Le numérique permet à l’établissement d’élargir la diffusion à tous les publics, notamment éloigné géographiquement.

  • Mission patrimoniale

Riche d’une photothèque de plus de 17 000 images d’instruments de musique, dont certains sont accessible à l’écoute, la Cité de la musique rempli sa mission patrimoniale sur le net. Il est de même possible d’explorer les expositions temporaires via un parcours multimédia.

  •   Mission d’éducation et de transmission

La Cité de la musique met en ligne des dossiers pédagogiques, par exemple sur les instruments de musique, des dossiers accompagnants les activités et les spectacles, sur son principal site et sur son portail documentaire. Des guides d’écoutes, synchronisant des flux d’images et des flux audio, des repères musicologiques, facilitent la découverte. Certains concerts sont commentés : un opéra baroque est par exemple synchronisé avec des paroles.

Les publics des différents portails : du mélomane au professionnel

Les publics de ces outils sont des mélomanes qui y écoutent de la musique et utilisent les rubriques de culture musicale.

Les enseignants utilisent ces ressources pour préparer leur cours ou directement en classe. Un portail éducation à destination des enseignants a été ouvert. Il comprend des enregistrements de concerts, des photos d’instruments, des biographies des compositeurs, des dossiers pédagogiques et des guides d’écoutes interactifs.Portail enseignant

Certains professionnels, comme des facteurs d’instruments et des musiciens, sont de même usagers de ces ressources.

Depuis 2007, un accès en intégralité à l’offre numérique de la Cité de la musique, par un internet sécurisé, est accessible à des organismes sur abonnement. Ce portail est aujourd’hui principalement utilisé par des conservatoires et des bibliothèques.

La problématique de la rémunération des ayants-droits

Des problématiques de rémunérations des ayants-droits, qui côtoient la frilosité de certaines maisons de disque, restent entières. Il s’agit d’une offre éducative au sens large, pour une éducation à la musique, et non une offre commerciale. Cela permet à la Cité de la musique de payer des droits réduits. Les rémunérations se font par des accords cadres passés avec des sociétés de gestion collectives, la Sacem et la Spedidam. Mais le modèle économique de ces portails restent fragiles : comment, alors que les contenus sont en accès libre, rétribuer les ayants-droits ? La quantité de contenu augmentant, l’établissement public pourra t-il continuer à payer et payer plus?

La Philharmonie de Paris : un établissement culturel en pointe sur le numérique ?

Logo PhilharmonieAujourd’hui, les enjeux sont de concevoir une unification et une interconnexion entre tous les contenus proposés par les différents portails de la Médiathèque et le site institutionnel de la Cité de la musique et bientôt de la Philharmonie, de créer des liens entre les données « évènementielles » et les données documentaires grâce aux technologies du web sémantique. Les perspectives sont d’augmenter et de diversifier les contenus, de développer des contenus interactifs avec les médiateurs. La configuration du site et de ces portails est appelée à évoluer pour devenir encore plus interactive, plus fluide et plus ergonomique.

Le développement numérique consistera un enjeu majeur de la Philharmonie de Paris après son ouverture. Les objectifs sont l’éducation et la transmission, l’élargissement des publics, la constitution d’une mémoire numérisée et le rayonnement national et international.

 

Attendons de voir si l’établissement s’en donnera les moyens humains et financiers….

To be continued…

 

Google dévoile les secrets du Palais Garnier

Une nuit Google est arrivé : il a sillonné tous les recoins du Palais Garnier pour dévoiler tous ces secrets. De Cracovie, de Phnom Penh ou bien de Toronto, à vos baskets la visite va commencer.

Une visite virtuelle du Palais Garnier

Un partenariat entre l’Opéra national de Paris et l’Institut culturel de Google a conduit au lancement de la visite virtuelle du Palais Garnier le 27 mars 2014.

Les internautes peuvent désormais explorer la salle, la scène, chaque loge et des espaces du Palais Garnier non accessibles au grand public. Les toits, richement travaillés, comme les coulisses et les réserves de costumes sont visibles avec une vue à 360°. Cette visite virtuelle lève aussi le voile sur le fameux lac, présent sous le Palais Garnier, qui a inspiré Gaston Leroux pour son personnage du Fantôme de l’Opéra.

Parallèlement, plusieurs œuvres d’art deviennent accessibles en haute résolution. Les détails du plafond de 240 m2 peint par Marc Chagall sont rendus visibles par une image composée d’environ 10 milliards de pixels. Elle est, à ce jour, la plus grande œuvre disponible dans cette résolution sur le site de Google. Une jolie façon de fêter le 50e anniversaire de son installation dans l’édifice.Détail plafond Chagall
Des expositions temporaires sont de même disponibles en ligne. L’exposition phare du site, créée en 2013 à l’occasion du tricentenaire de l’école française de danse, dresse 83 portraits d’étoiles de l’Opéra qui ont marqué l’histoire du ballet depuis la création du titre d’Étoile jusqu’à aujourd’hui.

Pour photographier ses images, la technologie Street view, dont les chariots permettent de circuler dans des espaces exigus, a été utilisée. 3,7 km de film du plafond ont été tourné dans le temple de la danse pour créer cette vue panoramique : « cinq personnes se sont relayées pendant trois jours et trois nuits pour photographier les moindres détails » précise l’AFP, une « prouesse technique compte tenu de la hauteur à laquelle elle se trouve (18 mètres), des conditions lumineuses de la salle de spectacle, et du caractère circulaire et courbe du support » ajoute l’Opéra de Paris.

Pour Christophe Tardieu, alors directeur adjoint de l’Opéra, les objectifs de cette visite répondent aux missions de service public et de démocratisation de l’établissement. Cette visite virtuelle permet de rendre visible Garnier au monde entier, participant ainsi au rayonnement de l’Opéra dans le monde.

Christophe Tardieu : « Nous sommes fiers de dévoiler, dans des conditions excellentes, les trésors de notre patrimoine. Le Palais Garnier est un lieu extraordinaire qui a eu le privilège de pouvoir travailler avec un partenaire exceptionnel, l’Institut Culturel de Google. Cette collaboration artistique, technique et pédagogique d’envergure s’inscrit parfaitement dans notre mission de service public : l’Opéra de Paris appartient à chacun. C’est pourquoi nous voulons l’offrir à tous ».

Amit Sood, Directeur de l’Institut Culturel, explique : «Ce partenariat est le résultat d’une étroite collaboration entre les équipes de l’Opéra et l’Institut Culturel. Le Palais Garnier est un lieu emblématique de Paris et nous n’avions qu’une petite idée des trésors qu’il renfermait. Nous sommes ravis de pouvoir accompagner cette institution pour les rendre accessible au plus grand nombre ». (Source : communiqué de presse de l’Opéra national de Paris)

Les controverses de ces opérations

Le Cultural Institute ou Institut culturel de Google, créé en 2011, est une plate-forme dont l’objectif est de donner accès au patrimoine mondial gratuitement sur internet (œuvres d’arts, monuments, documents d’archives). Versailles a, par exemple, inauguré en octobre 2013 sur le web l’exposition Louis XIV, la construction d’une image politique regroupant 200 portraits et 750 gravures du Roi. En 2011, le château était le premier musée français à s’associer à Google.

Google dévoile les établissements culturels mais aussi scientifiques, en dehors du Cultural Institute. C’est le cas du CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire qui est l’un des plus grands et des plus prestigieux laboratoires scientifiques du monde.CERN 1CERN 2

L’internaute peut se balader dans les dispositifs de recherches et admirer l’impressionnant réseau de fils et de tuyaux colorés.

 

Mais ce type d’opération n’est pas sans susciter quelques inquiétudes et polémiques. La première est celle de la fréquentation : les visiteurs ne vont-ils pas déserter le lieu ? Ce type d’opération peux-t-elle, au contraire, engendrer plus de visites, un rayonnement plus large ?
En 2013, l’ouverture de la visite virtuelle de la Tour EiffelTOUR EIFFEL, avec un dispositif similaire à celui de Garnier, a provoqué des réactions. Aurélie Filippetti a exprimé sa méfiance quant à l’équilibre des contrats établis entre les institutions culturelles et la plateforme. La Ministre de la Culture et de la Communication a marqué son opposition en refusant d’assister à l’inauguration.

 

Mais je vous le garantis, voir le Palais Garnier en vrai, c’est bien mieux ! Et malgré tous ces dispositifs, le temple de la danse garde ses secrets : seuls les initiés peuvent voir les ruches qui surplombe le Palais, toisez la pente de 8% de la scène avant d’exécuter un entrechat et découvrir le système antique d’incendie…

En attendant, la visite virtuelle c’est ici. Et si vous cherchez bien, vous trouverez peut-être les fameux chariots de Google Street view… A défaut de devenir un petit rat, faites-vous petite souris !