Les téléphones portables en concert : l’avenir ou la fin de la musique live ?

Depuis une dizaine d’année, les smartphones ont fait leur apparition dans nos vies quotidiennes, se faisant de plus en plus présents à mesure que la technologie progresse et que notre addiction à ces appareils désormais « nécessaires » s’est installée.
La place qu’occupent les objets connectés dans nos vies est une source intarissable (et passionnante) de débats, mais arrêtons-nous ici sur une activité, qui, si elle n’a rien d’extraordinaire pour la plupart des occidentaux, reste un moment à part, hors du quotidien : le concert.
Nous sommes désormais tous habitués à voir dans la salle (gradins comme fosse) une étendue sans fin de lampions plus ou moins bien rétroéclairés, tendus à bout de bras par des spectateurs avides de rapporter chez eux (et de partager ensuite sur le grand internet) un souvenir « personnel » du moment vécu. Et bien sûr on s’est déjà interrogé sur ce qu’il reste du moment quand on passe les deux heures du concert à regarder la scène à travers son écran de téléphone portable… Mais c’est là la question de chaque spectateur.

Concert d'Alicia Keys

Concert d’Alicia Keys

Le problème est que cette nuée de smartphones est souvent gênante, tant pour le public que pour les artistes eux-mêmes.
Les rares spectateurs d’un concert de musiques actuelles qui décideraient de ne pas dégainer leur téléphone dans la salle ne peuvent malgré tout pas ignorer les dizaines d’écran qui les entourent… Et pour les personnes de taille raisonnable, voire modérée (comme par exemple l’auteur de cet article), nous sommes condamnées à ne voir de la scène que ce que la personne devant nous voudra bien filmer. Et après des années de petits écrans de téléphone et d’appareils photos numériques, les tablettes ont elles aussi fait leur apparition dans les salles de concert, avec leurs grands écrans tellement plus pratiques mais surtout tellement plus encombrants pour les voisins !
Et même dans les lieux et styles musicaux encore épargnés par l’épidémie des écrans, le téléphone portable pose problème. Prenons l’exemple de la musique classique ou savante : on ne voit personne filmer les concerts à la salle Pleyel avec son téléphone portable (public moins jeune et surtout habitudes différentes notamment pour l’image des artistes) mais qui n’a jamais été dérangé par une sonnerie intempestive au milieu d’un récital, et ce malgré les rappels de début de concert devenus rituels…

Du côté des artistes, des salles et des producteurs, la question est sensible également, et plus ou moins bien gérée selon les cas.
On a beaucoup parlé, très récemment, de la réaction d’un grand artiste (Keith Jarrett) qui, ne pouvant se concentrer à cause de la toux de certains spectateurs, a quitté la scène de la salle Pleyel prématurément en expliquant que « dans ces conditions, je n’ai plus de musique en moi » (article du Monde du 5 juillet 2014). 
Un autre incident, directement lié au téléphone portable, avait provoqué l’interruption du concert d’un pianiste non moins célèbre, Krystian Zimerman ; celui-ci n’avait pas supporté qu’un spectateur filme sa prestation avec son smartphone et avait déclaré : « Youtube détruit la musique » (article du 5 juin 2013 sur Marianne).
Keith Jarrett et Krystian Zimerman font partie des artistes qui exigent des conditions de concentration maximale et une qualité d’écoute presque religieuse de leur public. Sans atteindre ces extrêmes, plusieurs autres artistes, issus de genres musicaux divers, ont élevé leurs voix contre la captation systématique de leurs concerts via les smartphones du public.

Outre la gêne lumineuse, la difficulté de se sentir connecté avec un public qui ne voit qu’à travers un écran, se pose bien évidemment la question du contrôle de l’image et des enregistrements des artistes, sur lesquels ils peuvent vouloir garder la main.

En 2012,  Prince puis Jack White avaient fait interdire tout enrgistrement lors de leurs concerts à la Cigale, à Paris.   On pouvait lire à l’entrée de la salle : « Please, no pictures, video or audio recording. This includes cell phones. We will be taking pictures of tonight’s show and posting them for free on JackWhiteIII.com tomorrow morning. This is a zero tolerance policy. Enjoy the show » (Blog le hiboo). Les contrevenants étaient expulsés de la salle de concert.

concert M

Concert de Matthieu Chedid

A l’inverse, certains artistes ont décidé de tirer partie de ces nouvelles façons de consommer la musique live et ont encouragé leurs fans à les filmer, pour ensuite réutiliser ces enregistrements à des fins de communication. Toujours à la Cigale, le Britannique Charlie Winston avait ainsi créé un format inédit de vidéo : dans le cadre du concept « free mobile concert », il avait été filmé par 50 téléphones portables, répartis dans la salle (article sur purecharts).
Le groupe Coldplay avait lui organisé un jeu-concours dont les 5 gagnants remportaient une caméra numérique avec laquelle ils devaient filmer le concert de leurs idoles, et dont les vidéos seraient intégrées à un DVD du groupe.
Plus simplement et pour recréer du lien malgré la distance imposée par les écrans, Matthieu Chedid (-M-) joue souvent avec la lumière des téléphones de son public, remplaçant les briquets des ballades d’autrefois et recréant à l’aide des écrans une constellation étoilée dans un Zénith émerveillé…

 

Les téléphones, tablettes et autres objets technologiques sont donc au centre d’une question générale de rapport au concert, à l’artiste vivant et présent sur scène, de respect de l’image des artistes mais aussi de progrès et d’innovation… Vaste question, à laquelle chaque artiste et chaque spectateur choisira de répondre à sa manière pour encore de nombreuses années.

 

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“Quand les mains murmurent” : enseigner la direction d’orchestre

affiche quand les mains

Mercredi 18 juin dernier, dans le cadre des “mercredis du doc”, le cinéma La Clef (Paris 5e) diffusait “Quand les mains murmurent”, un documentaire de Thierry Augé tourné au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP), en présence du réalisateur et du protagoniste principal, Philippe Ferro.

Avant la projection, Thierry Augé explique comment l’idée de ce documentaire lui est venue : en filmant un plan-séquence dans les couloirs du CNSM, il était attiré par la musique émanant d’une salle de classe, prenait quelques images via le “hublot” de la salle, puis se laissait entraîner vers la mélodie de la classe voisine… Et voulait terminer devant une salle silencieuse, face à un hublot vide. La salle devant laquelle il mit fin à sa séquence était bien silencieuse, mais pas vide. Il y observa une scène étrange : un professeur, au pupitre, dirigeait à la baguette en l’absence de tout musicien. En face de lui, une poignée d’élèves suivait ses gestes avec attention, un oeil sur la partition. “Cela faisait visiblement sens pour eux… Mais moi je ne comprenais rien à ce qui se passait. Alors j’ai éteint la caméra et je suis entré dans la salle”, nous raconte le réalisateur.

C’est ainsi qu’il fait la rencontre de Philippe Ferro, professeur de la classe d’initiation à la direction d’orchestre du CNSM de Paris. “Quand les mains murmurent” naît de cette rencontre fructueuse et de la volonté du réalisateur de comprendre et de partager cette découverte d’une facette méconnue de l’enseignement musical.

La classe d’initiation à la direction d’orchestre est une discipline complémentaire, réservée aux élèves du CNSM (qui y étudient déjà la pratique instrumentale, l’écriture, la formation musicale ou autre).

La caméra suit le parcours des sept élèves de première année, depuis l’annonce de leur admission dans la classe au printemps 2011 jusqu’au concert qui clôt cette première année, en juin 2012, à l’issue duquel trois élèves seront retenus pour passer dans la classe supérieure.

Il est intéressant de voir comment ces élèves, excellents musiciens dans leur domaine de prédilection, se mettent à nouveau dans la peau du débutant dans une approche différente de la musique.

Le réalisateur les filme au plus près dans cette démarche, des premiers gestes maladroits face au professeur et aux six camarades de classe jusqu’à la première rencontre avec l’orchestre, en passant par les “débriefings”. Ces moments créent une mise en abyme dans le documentaire : le réalisateur filme l’élève et le maître face à un ordinateur, en train de regarder une vidéo de l’apprenti chef en action. Le professeur laisse l’élève faire d’abord son auto-critique avant de lui donner ses conseils, ce qui donne lieu à quelques scènes cocasses qui provoquent les rires (bienveillants) de la salle.

Le temps d’une année, on voit évoluer considérablement chacun des élèves, qui s’affirment et acquièrent un langage corporel propre, une identité musicale.

On prend plaisir à faire partie de ce groupe de musiciens le temps du documentaire, un groupe qui échange beaucoup, travaille ensemble, et se soude dans les moments d’angoisse. Le réalisateur filme d’une manière très intéressante le stress précédant le concert de fin d’année, grande échéance pour les élèves : il demande à chacun de fermer les yeux, seul face caméra, et de décrire ce qu’il fera, verra, ressentira quand il entrera en scène quelques minutes plus tard. On voit alors se révéler la personnalité de chaque étudiant, ses doutes et ses ambitions, et on perçoit l’importance de ces moments dans la vie de ces jeunes musiciens. Peu d’entre eux vont faire le choix d’une carrière de chef d’orchestre, mais cette classe d’initiation leur aura permis d’approcher la musique d’une autre façon.

“Quand les mains murmurent” est un documentaire passionnant, qui permet de soulever un coin du voile de secret qui entoure la direction d’orchestre. On comprend la fascination pour la transmission d’un savoir mystérieux, quelque peu magique et on se demande vraiment comment s’enseigne le langage immatériel du chef, le charisme, la force du geste et du regard… Le réalisateur pose un beau regard sur ces élèves et sur leur professeur, un regard juste et très proche . On peut cependant regretter que la qualité des images ne soit parfois pas au rendez-vous, avec des ombres, des flous, des problèmes de mise au point récurrents qui brouillent par moments le propos du réalisateur, dont on ne sait plus très bien ce qu’il a voulu montrer.

Il explique à l’issue de la projection, lors d’un long échange avec le public, qu’il a mis du temps à trouver sa place et à se faire oublier au sein de cette classe, ce qui est effectivement perceptible dans le film.

Ce temps d’échange dans la salle de projection se révèle presque aussi passionnant que le documentaire lui-même, et les nombreuses questions ou remarques montrent l’intérêt du public pour la question traitée. Un spectateur soutient que “diriger un orchestre, c’est un miracle”. Un autre demande à Philippe Ferro si sa participation à ce film a changé sa manière d’enseigner. La réponse de l’intéressé laisse la salle un peu hébétée : “oui, depuis j’ai arrêté d’enseigner”. Il développe un peu plus tard en expliquant qu’après des années d’exercice, il n’est plus certain que la direction d’orchestre puisse être enseignée. “On ne peut apprendre que des rudiments. Le problème n’est pas le geste : on peut apprendre à marcher. Mais on marche pour aller quelque part, et on ne peut pas enseigner où aller… La musique contient une part de technique ; une fois qu’on l’a épuisée, il n’y a plus rien à enseigner”.

Philippe Ferro n’est bien sûr pas le seul à douter de la possibiltié d’enseigner la direction, ce langage très personnel entre un chef et ses musiciens. Le grand chef Georges Prêtre a par exemple exprimé ce point du vue à de nombreuses reprises.

“Quand les mains murmurent” permettra à chacun de ses spectateurs de se poser cette question, celle de la transmission d’un savoir aussi subtil et complexe que la direction d’orchestre.

QUAND LES MAINS MURMURENT
France | 2012 | 58 min | vostf
un film de : Thierry Augé (France)
image : Thierry Augé
montage : Bertrand Sart
son : Jean-Yves Pouyat
production/distribution : La Huit Production (France) – distribution@lahuit.fr

Distinctions
2013 : Festival International Jean Rouch – Paris – Prix du Patrimoine Culturel Immatériel
2013 : Festival International Jean Rouch – Paris – Prix Bartok
2013 : Sacem – Paris – Prix du Documentaire musical de création

Vers la fin du meilleur orchestre d’Espagne ?

Le 25 octobre 2006, l’orchestre de la communauté autonome de Valence (Espagne) donnait son premier concert dans la fosse de l’Opéra de Valence (Palau de les Arts -Palais des Arts Reina Sofia), récemment inauguré. Cette première soirée fut consacrée au Fidelio de Beethoven, sous la direction de Zubin Mehta et avec une distribution remarquable : Waltraud Meier, Peter Seiffert, Matti Salminen et Juha Uusitalo. La mise en scène de Pier’Alli était assez traditionnelle, mais pas obsolète pour autant.

Palau de les Arts Reina Sofía, Valencia © DAVID ILIFF. License: CC-BY-SA 3.0

Palau de les Arts Reina Sofía, Valencia © DAVID ILIFF. License: CC-BY-SA 3.0

Les membres de l’orchestre avaient été soigneusement sélectionnés par Lorin Maazel, directeur musical de l’ensemble, qui laissait à Zubin Mehta la direction du “Festival del Mediterrani” (qui clôture depuis chaque saison) ainsi que quelques interventions dans l’année, depuis la fosse ou à la direction de concerts symphoniques.
Avec une moyenne d’âge avoisinant les 29 ans, et issus de pays divers, la majorité des instrumentistes avaient déjà une carrière prometteuse loin de la côte espagnole mais furent attirés par l’opportunité de collaborer avec deux grands chefs au sein d’un projet dans lequel tout était à construire, et cela dans de très bonnes conditions financières. Les résultats ne tardèrent pas à se faire entendre. Bohème (critique – en espagnol), Simon Boccanegra, L’enfant et les sortilèges, Parsifal, pour n’en citer que quelques uns, furent donnés devant un public ébahi d’entendre un orchestre espagnol (bien que composé de musiciens de tous pays) aux cordes soyeuses, aux bois évocateurs et aux cuivres impeccables.
Les voix qui tenaient le haut de l’affiche, sélectionnées par Helga Smith, l’administratrice du théâtre, étaient aussi au centre de toutes les attentions. Les grands noms succédaient aux jeunes chanteurs à fort potentiel qui donnaient le meilleur de leur art pour un cachet bien sûr nettement inférieur à celui de leurs aînés célèbres.
La question de la programmation des huit saisons mériterait un long détour, mais pour faire court on pourrait dire qu’il a été décidé de ne pas trop “irriter” un public vraisemblablement conservateur. Il faut cependant mentionner d’autres éléments qui ont marqué profondément le travail de l’orchestre, tous liés aux problèmes du bâtiment conçu par l’architecte Santiago Calatrava : l’effondrement de la mosaïque de façade (lire ici un article en anglais à ce sujet), dont la question du remplacement n’est toujours pas réglée et qui obligea à fermer le théâtre au public pendant deux mois ; l’affaissement du plateau scénique tout juste inauguré, qui força également à reprogrammer plusieurs concerts, et enfin la grande inondation de 2007 qui détruisit entièrement le rez-de-chaussée du théâtre…
Le travail de l’orchestre continua malgré ces difficultés contextuelles et fut marqué dès la naissance de l’ensemble par l’influence très forte de Maazel et Mehta. Le premier, toujours à la recherche de la sonorité parfaite, fort d’une expérience auprès des orchestres du monde entier mais faisant preuve d’une terrible mauvaise humeur, ponça toutes les aspérités que l’ensemble laissait à entendre. Le bruit courait parmi les musiciens que se tromper devant lui coûtait très cher, mais c’était une crainte empreinte de respect qu’il inspirait aux musiciens. Dans un tel orchestre, composé de musiciens professionnels de bon niveau, on percevait bien entendu la valeur de son expérience et on lui pardonnait ainsi son tempérament difficile.
On se souvient encore de son interprétation de L’enfant et les sortilèges de Ravel, par exemple, ou de Madama Butterfly de Puccini. Il incarnait au sein de l’orchestre le “méchant” de l’histoire, un “méchant” qui leur apprenait beaucoup, comme durent l’admettre beaucoup de musiciens quand on commença à évoquer son départ.
Le rôle du “gentil” était depuis le début attribué à Zubin Mehta, qui avait lui aussi dirigé sur les scènes du monde entier mais était d’un caractère plus avenant. Mehta est un artiste idéal pour la fosse d’opéra, non seulement de par ses connaissances musicales mais aussi grâce à sa capacité à « raconter une histoire ». Sous sa direction, les personnages deviennent crédibles, le livret coule avec fluidité et chaque situation est montrée sous son meilleur jour.
De plus, il avait su développer avec l’orchestre une entente particulière, ce code immatériel que les grands chefs transmettent et qui aide les musiciens à comprendre exactement chaque geste et chaque regard.
La Tétralogie de Wagner (Der Ring des Nibelungen) que Mehta et l’Orchestre de la communauté de Valence montèrent un an seulement après la levée de rideau (au printemps 2007) et qu’ils terminèrent avec deux cycles complets en 2009 restera dans l’histoire ; sans parler des représentations beaucoup plus modestes, marquées par la crise, mais tout aussi remarquables d’Otello et de Traviata en 2013.
Par ailleurs, le chef natif de Bombay prit position de manière publique et constante pour la défense de l’Opéra de Valence, dénonçant le budget dérisoire que le gouvernement central lui attribuait comparé à celui d’autres opéras du pays, quel que soit le contexte politique (le gouvernement espagnol est passé des mains des socialistes (PSOE) à l’aile droite de l’échiquier politique (PP) en 2011). Il ne reçut jamais aucune réponse de la part des responsables politiques des deux bords.
La crise économique provoqua également des coupes drastiques dans les subventions attribuées au théâtre par la “Generalitat” (conseil général de la communauté autonome de Valence), faisant diminuer de fait le nombre d’opéras programmés et réduisant les possibilités d’engager de grandes voix, sauf grâce aux contacts privilégiés de l’administratrice Helga Schmidt (avec Placido Domingo par exemple).
Outre le budget toujours plus étroit, l’absence de projet clair de la part des responsables politiques donna lieu à une série de départs des musiciens de l’orchestre, qui passa de presque 90 instrumentistes lors de la première saison aux 54 salariés de l’ensemble aujourd’hui. Dernièrement, Guiorgui Anichenko (violoncelle solo) et Christopher Bowman (hautbois solo) ont notamment remis leur lettre de démission. L’orchestre doit désormais avoir recours presque systématiquement à des musiciens supplémentaires.
Les postes vacants ne sont que rarement pourvus et lorsqu’ils le sont, le fait d’être valencien semble être une valeur ajoutée, y compris pour le poste de directeur musical. En effet, ces derniers mois, la “Consejería de Cultura” (direction régionale de la culture) a essayé d’imposer une “valencianisation” de l’orchestre, en exigeant notamment que soit programmé chaque année au minimum un compositeur valencien (difficile d’imaginer comment établir une programmation quand les œuvres de Martín et Soler auront toutes été jouées…) et que soit donné plus d’espace aux fanfares locales dans la programmation.
Paradoxalement, le spectacle musical de la troupe de la Fura dels Baus qui devait ouvrir cette année le septième Festival del Mediterrani, en partenariat avec deux fanfares locales (Primitiva et Unión Musical de Llíria), a été annulé faute de moyens.
Avant tout cela, en 2010, Lorin Maazel avait quitté Valence pour diriger le philharmonique de Munich, quand le spectre de la crise assombrissait déjà le panorama culturel en Espagne.
Il fut remplacé sans grande réussite par le très jeune Omer Meir Wellber qui ne résista que jusqu’à la saison dernière.
La saison actuelle débuta sans directeur musical, jusqu’à ce que Helga Schmidt propose le poste à Zubin Mehta, qui continuait à diriger l’orchestre régulièrement. La proposition fut rendue publique en février de cette année, en sachant qu’elle reccueillerait une approbation totale des musiciens et du public. Mais il fallait que cette décision soit approuvée par la direction régionale de la culture, présidée par Maria José Català. C’est à ce moment que l’on commença à parler dans la presse locale et nationale de la question de la “valencianisation” de l’orchestre, des noms envisagés pour le poste de directeur, du budget alloué pour la saison, des négociations du plan de licenciement économique et d’une kyrielle de complications sans fin.
Zubin Mehta aurait demandé un entretien à la direction générale de la culture à ce sujet il y a plus d’un mois, sans avoir reçu depuis quelque réponse que ce soit. Avec un agenda rempli d’engagements, dont le plus voyant est le prochain concert du Nouvel An avec le philharmonique de Vienne, et sans que personne n’ait donné le détail du devenir du Palau de les Arts (probablement parce qu’il n’y en a pas), le chef indien a annoncé son départ le 5 juin dernier, dans un premier temps à ses musiciens, puis à l’administratrice.
Il semble difficile que la situation arrivée à un tel point de rupture puisse s’améliorer. Et il semble également inexorable que les musiciens, désormais démunis d’un quelconque attrait professionnel pour leur orchestre et soumis à des salaires en baisse, quittent le navire valencien sous peu.
Dernier maillon du naufrage annoncé depuis plusieurs mois, María José Català restera celle qui aura fait sombrer le meilleur orchestre de son pays.