Le coup de maître des Daft Punk

Avec leur dernier album, Random Access Memories, Colombia et les Daft Punk ont littéralement frappé un grand coup. Sorti le 20 mai, l’album s’est immédiatement propulsé en tête des ventes sur Itunes dans 92 pays.

Comment expliquer un tel succès? Tentative d’explication.

1) Rétromania

Les Daft Punk nous ont habitué à revisiter le passé et à le « réinventer ». On pense notamment à leur second album, Discovery réalisé à partir de samples des années 80. Vendu à 2,8 millions d’exemplaires, Discovery est à ce jour l’album du duo qui a rencontré le plus grand succès commercial. Random Access Memories s’inscrit dans la filiation de Discovery. C’est un album qui fait dans la nostalgie. Ici, ce sont les années 70, marquées par le disco-funk qui sont revisitées. RAM est ainsi tombé à pic en ces temps de Rétromania organisée (Breakbot, Kavinsky, La Femme, Lescop…).

2)Un casting de choix

Leur dernier album fait intervenir des artistes prestigieux : Giorgio Moroder, le pape de l’italo-disco, Nile Rodgers le roi de la funk ou encore Pharell Williams, producteur de grand talent qu’on s’arrache depuis une petite dizaine d’années. Le parallèle avec le Thriller de Michael Jackson peut être fait. Jackson sous la coupe de Quincy Jones avait fait appel à de nombreux musiciens pour enregistrer cet album mythique (Wonder, Mccartney…). La présence d’un casting prestigieux et éclectique permet ainsi de brasser un large public.

3) Un teasing hors du commun

L’annonce du dernier album, le 3 mars dans l’émission américaine Saturday Night Live s’est limitée à un teaser de quinze secondes présentant la pochette de l’album sur fond d’extrait du morceau « Get Lucky ». Les Daft Punk savent créer l’évenement comme personne, d’autant plus qu’ils fuient les plateaux télé et radio.

4) Eloge de la rareté

4 albums en seize années de carrière c’est peu. Les Daft Punk savent se faire oublier et susciter l’attente. Le DG de Columbian Michael Wijnen ne dit pas autre chose. Selon lui, « créer le désir a porté ses fruits ». L’album a en effet été porté par une campagne de teasing hors pair. Tout ce qui est rare et précieux et les Daft Punk l’ont compris. Leur crédo : entretenir le mythe, le mystère et la rumeur en contrôlant l’information. Les journalistes qui ont écouté RAM en avant première ont ainsi du signer à tour de bras des documents les contraignant au silence total avant la sortie de l’album (cf Management, Juillet_Août 2013).

5) Un imaginaire de marque

Daft Punk constitue aujourd’hui une marque à l’international.

Nom du produit : Daft Punk

Idées associées : luxe, rareté, rétrofuturisme, divertissement, fête

Signes distinctifs : logo, son, casques, voix robotiques (vocodées)

Passerelles avec d’autres industries : Luxe (Hedi Slimane DA d’Yves Saint Laurent et a conçu les nouveaux casques et costumes du duo), cinéma d’animation (Tron, Interstella 555…), Sport (Apparition lors du dernier Grand Prix de Monaco au sein des stands de l’écurie Lotus / Columbia sponsorise Lotus…)

6) Vivons heureux, vivons casqués

Depuis la fin des années 1990, les Daft Punk ont le visage recouvert d’un casque de robot.

Un bon coup marketing qui permet de cultiver les fantasmes et le secret. Les Daft Punk sont des pionniers dans ce domaine.

Ils ont constitué un univers à part entière. Quelque part entre Star Wars, Albator et Disneyland…

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Musique, numérique et interactivité – Episode 2 : le live

De la musique plein la vue – Retour en images sur 5 performances récentes amalgamant musique, nouvelles technologies et arts numériques

N°1 : Amon Tobin – Tournée Isam 2.0 (2011-2013)

Inauguré au Canada dans le cadre du festival d’arts numériques Mutek en Juin 2011, Isam 2.0 offre une expérience d’immersion totale. Ce live mis au point par V Square Labs et Leviathan, deux studios à la pointe du design scénographique et visuel repose sur l’emploi des dernières technologies de mapping vidéo. Cette technologie  permet de projeter des jeux de lumières et des animations en 3D sur l’immense structure cubique et asymétrique dans laquelle se loge le DJ Brésilien, Amon Tobin. Ces projections sont parfaitement synchronisées avec les expérimentations électroniques du musicien.

N°2 : Tacit Group – Ensemble de leur oeuvre (2008 – ?)

Tacit Group s’approprie la notion de silence, et donc de son, à travers des improvisations fondées sur des algorithmes. Fondé au début de l’année 2008, Tacit Group approche la performance d’art contemporain de façon intelligente, incorporant des disciplines dynamiques comme la musique électro-acoustique, des compositions algorithmiques et de l’art visuel.

N°3 : 2pac (hologramme) – Coachella 2012

Coachella est l’un des festivals américains les plus célèbres au monde. Au cours de l’édition 2012, le regretté rappeur 2pac décédé en 1996 est réapparu sur scène aux côtés de Snoop Dogg sous forme holographique. Une tournée avec les hologrammes de 2pac et Nate Dogg a même été évoquée suite au buzz suscité par cette performance.

N°4 : Murcof + AntiVJ

AntiVJ est un «label visuel», fondé en 2007, dirigé par Nicolas Boritch, rassemblant cinq artistes visuels. Leur travail, basé sur des technologies novatrices, explorant les jeux d’échelles et les illusions d’optique, met en jeu les notions d’espaces et de perception, sous la forme d’installations lumineuses et de performances audiovisuelles, réalisées notamment à l’aide d’images projetées sur des volumes ou des édifices. Ici, le collectif s’associe au DJ mexicain de musique ambient Murcof dans un show hypnotique.

N°5 : Beyonce – Billboard Music awards 2011

On ne présente plus Beyoncé, star planétaire de la pop et du R’n’B moderne depuis la fin des années 1990. Beyoncé n’est pas seulement une étoile de l’entertainment, c’est également une performeuse unique  qui  aime innover et faire parler d’elle en agrémentant ses lives d’éléments chorégraphiques et visuels recherchés . A l’issue de la cérémonie des Billboard Music Awards 2011, elle a ainsi scotché la terre entière en présentant un show basé sur  un dialogue entre animations vidéo et éléments chorégraphiques. On ne peut ici découpler la chorégraphie de l’animation vidéo. Un petit bijou d’art total!

Musique, numérique et interactivité – Episode 1 : le clip

Trois concepts innovants autour de la musique, du numérique et de l’interactivité

Idée n°1 : Réaliser une application pour smartphone qui sert de support à un clip

Cassius – I love you so (2010)

Voilà une idée révolutionnaire! Carton plein pour Cassius, Ed Banger et le collectif parisien We are from LA qui a réalisé l’application et le teaser  d’ I love you so. Cela tient à l’originalité de l’application et à son concept : cette appli virale repose sur un effet visuel. En plaçant votre iphone devant vos lèvres, une bouche virtuelle se substitue à la votre et mime le chant d’I love you so. Ludique et interactif.

Idée n°2  : Encourager le fan art et le retour de l’esthétique DIY dans l’univers du numérique

Busy P – Chop Suey (2006)

Le clip illustrant Chop Suey est novateur dans la mesure où il n’est pas le fruit d’un professionnel ou de quelconque boîte de production. Il s’agit de la réalisation d’un fan. Esthétique DIY, univers décalé, projet interactif et participatif : tous les ingrédients sont réunis pour provoquer l’intérêt de la fan-base et susciter le buzz. A noter que Busy P (Pedro Winter à l’état civil, fondateur du label Ed Banger et ex-manager des Daft Punk) dit conserver tous les travaux de ses fans qui lui sont envoyés. Une belle façon d’impliquer le public dans un projet artistique.

Idée n°3 : S’associer à un géant de l’industrie numérique et proposer un clip interactif et novateur en HTML5

OK Go – All is not lost (2011)

Le groupe OK Go a travaillé avec la réalisatrice Trish Sie, la compagnie de danse moderne Pilobolus et les équipes de Google Chrome pour créer le clip d’All is not lost fondé sur  une expérience interactive en HTML5. Le langage HTML 5 permet l’interactivité. Concrètement, cela signigie que l’internaute peut intervenir dans la conception d’une partie du clip. Amusez-vous à saisir un message sur le site suivant et le groupe adaptera sa chorégraphie en fonction de votre requête. Novateur et amusant.

Alors qu’en pensez-vous? Quel clip préférez-vous? A quel concept êtes-vous le plus sensible?

Streaming musical – Chiffres, constats et réflexions sur un phénomène en pleine expansion

Quelques données et constats

  1. Le chiffre d’affaires mondial du streaming par abonnement a progressé de 58% entre le premier semestre 2011 et le premier semestre 2012 pour atteindre 309 millions de $.
  2. Le streaming s’est développé avec la dématérialisation de la musique et par alternative au téléchargement.
  3. Les jeunes sont les plus gros utilisateurs de streaming, en particulier de streaming mobile.
  4. Les deux leaders du secteur sont Spotify (Swe) et Deezer (Fr).
  5. Google, Amazon, Apple, Twitter, Facebook et Beats souhaitent mettre en place leurs services de streaming entre 2013 et 2014.
  6. Le marché du streaming est ultraconcurrentiel et asymétrique
  7. Le streaming ne compense pas encore les pertes du marché physique
  8. Les services de streaming cherchent encore la voie de la rentabilité
  9. Les sites de streaming gratuits uniquement financés par la publicité ne sont pas rentables (ex : Jiwa)

Economie du streaming

  1. Au départ gratuit pour les utilisateurs et uniquement financés par la publicité, les sites de streaming développent de plus en plus des services premium par abonnement, parfois compris dans des forfaits téléphoniques (ex : Deezer / Orange). Il y a de plus en plus une offre gratuite couplée à une offre payante (parfois échelonnée). C’est ce qu’on appelle le modèle freemium.
  2. Les sites de streaming ont des difficultés à stabiliser leurs modèles économiques. A titre d’exemple, Spotify présentait des pertes de 59 millions de $ en 2011.

Plusieurs éléments peuvent expliquer ces pertes :

    •  La majorité des utilisateurs de Spotify ne paient pas
    •  Il faut plusieurs années pour convertir les utilisateurs dU gratuit au « premium »
    •  Spotify doit amortir certains coûts de gestion (développement de ses  services aux Etats-Unis par exemple en 2011)
    • Les « minimums garantis » réclamés par les majors fragilisent l’économie des services de streaming.

 Perspectives et futurologie

    • Financiarisation du secteur (Spotify voit son capital renforcé avec les investissements successifs du fonds d’investissements russe Digital Sky Technologies, de la banque Goldman Sachs ou encore de la compagnie américaine Coca-Cola)
    • Disparition des outsiders au profit de l’oligopole américain qui domine le secteur de l’économie numérique ? (Google, Apple, Amazon, Facebook). Les pures players comme Spotify et Deezer peuvent-ils contrecarrer l’arrivée de leurs concurrents ?
    • Le succès d’Iradio et le renforcement de la position dominante d’Apple dans le secteur de la musique numérique? ( Software : itunes / iradio; Hardware : ipod / ipad / iphone).

Articles

5 raisons qui font que le streaming n’est pas (encore) l’avenir de la musique, Slate, 7 janvier 2013.

Télechargement, streaming…l’industrie de la musique cherche encore son modèle, Le Monde, 28 janvier 2003.

Le streaming légal de musique cherche son modèle économique, Ouest France, 14 octobre 2012

Google, Twitter, Amazon…pourquoi se lancent-ils tous dans le streaming ?, Télérama, 22 mars 2013

Spotify peinerait à stabiliser son modèle économique, Clubic, 5 octobre 2012.

Les sites de streaming dans l’impasse, L’Express, 28 janvier 2010

NKM tape du poing sur la table après la fermeture de Jiwa, Numerama, 6 Août 2010

Rapports

NB : A noter que l’Observatoire de la musique publie tous les semestres une étude Etat des lieux de l’offre de musique numérique. Ces études sont réalisées aujourd’hui à partir d’un échantillon de 100 services (téléchargement, streaming, boutiques…). Je vous recommande vivement la lecture de ces études très documentées.

Le streaming musical, un marché saturé

5 services de streaming ont disparu au cours du premier semestre 2012

  1. Allomusic placé en liquidation judiciaire en juin, entraînant dans sa cessation le site de streaming Jiwa, repris en 2011, suite à sa fermeture en 2010 ;
  2. Gkoot site dédié à la musique électronique diffusée sous licence Creative Commons ;
  3. Meemix, la web-radio de découverte et de partage ;
  4. Official, ex Fairtilizer service innovant créé en 2008 de recommandation musicale, création de profils et de playlists ;

2 services de streaming ont disparu au cours du second semestre 2012

  1. Finetune
  2. FnacMusic

Au moins  7 sites de streaming ont disparu depuis le 1er janvier 2012. Cela nous laisse à penser que le secteur est ultraconcurrentiel et qu’il est difficile pour les sites de streaming musical de perpétuer un modèle économique viable. Google, Amazon, Apple (Iradio), Facebook (Vibes?), Twitter (Twitter Music) et  Beats (Daisy) devraient sortir leurs services de streaming musical entre 2013 et 2014.

Voici une liste non exhaustive de sites de streaming musical :

Deezer, Spotify, Last FMMusicovery, Musimap, Pandora, Rdio, Shuffler, Allomusic, MOG, Jango, Arte Live web, Grand Crew, Hulu, Jukebo, Medici, mix.dj, Off.tv, Qriocity, Xbox Music (Microsoft), Rara, Rhapsody…

L’offre est donc pléthorique. Nous essaierons de comprendre dans un prochain article dans quelle mesure il est difficile pour une certain nombre d’acteurs (groupes de taille moyenne, start-ups) de lutter contre des groupes bénéficiant d’un fort soutien financier.

Source : Observatoire de la musique