Musiques traditionnelles et SMAC

« En posant la problématique de la diffusion des musiques traditionnelles, on se demande pourquoi elles ne sont pas davantage présentes dans les SMAC sans procès d’intention bien évidemment. Qu’en penses-tu?». Voici la question qui titillait déjà le Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes en 2008 lors d’un entretien avec Jean-François Braun, ex-directeur du Brise Glace, scène de musiques actuelles d’Annecy…

Azalai

Petit tour d’horizon…

Tout d’abord, qu’est-ce-qu’une scène de musiques actuelles ? C’est un label attribué par le Ministère de la Culture qui vise à inscrire une structure dans un dispositif de développement et de soutien au secteur des musiques actuelles. L’attribution du label SMAC est valable 3 ans renouvelables et implique la tenue d’un cahier des charges très précis en termes de diffusion professionnelle, de création, de diffusion de l’ensemble des esthétiques musicales, de mise en oeuvre des politiques culturelles nationales, d’accompagnement des pratiques… La France compte aujourd’hui plus de 140 SMAC et si chaque structure est différente, ce cahier des charges comme tronc commun reste une condition sine qua non de leur labellisation.

Si la définition d’un tel dispositif reste simple à comprendre , il n’en va pas toujours de même en ce qui concerne les musiques traditionnelles et les musiques actuelles :

  • La définition des musiques actuelles constitue pour sa part une véritable problématique pour les institutions culturelles. Leurs genres sont tellement variés (rap, techno, hard rock, jazz, chanson française, etc…) que les professionnels n’arrivent à les caractériser que par la négative : « ne seraient actuelles ni la musique dite classique, ni les musiques ancienne et baroque (malgré le regain d’intérêt qu’elles suscitent dans la période actuelle), ni la musique contemporaine pourtant actuelle selon le sens commun, car toutes ces musiques seraient trop écrites et trop savantes pour être populaires.»

Toutes les autres musiques peuvent-elles donc être considérées comme «actuelles» ? Qu’ont-elles en commun qui justifie qu’on en fasse un champ d’intervention spécifique et supposé homogène des politiques publiques ? Leur caractère populaire seulement ? La question mérite réflexion mais il ne s’agit pas ici pour nous de creuser le champ sémantique des musiques actuelles. Nous nous accorderons simplement sur le fait que le Ministère de la Culture a «rangé» les musiques traditionnelles dans le secteur des musiques actuelles et qu’à ce niveau, elles ont donc intégré les programmations des SMAC au moment même de leur création.

Le problème de cette intégration est qu’il reste encore à la populariser. En effet, au vu de la programmation des différentes SMAC de France, nous constatons que les musiques traditionnelles sont très peu représentées au sein de ces structures. Constat partagé par le Ministère de la Culture qui place «une plus grande diversification des programmations» parmi les besoins les plus urgents des SMAC.

Territoire et partenariats

« Tout projet artistique, culturel ou autre, doit se nourrir de son territoire et entrer en résonance avec lui, c’est fondamental », dit Jean-François Braun. L’ancrage culturel géographique a donc une première importance. Cette dominance peut prédisposer à une sous-représentation de la musique traditionnelle locale dans les SMAC. Pas besoin à priori de développer ce qui est déjà présent sur place. D’autant que le but d’une SMAC est de promouvoir les champs musicaux en manque de lieux pour se produire.

L’organisation qui découle de ce constat est que la programmation de musique traditionnelle se fait principalement avec des partenariats tournés vers des structures plus « spécialisées » et « impliquées » dans ce domaine. Au Brise Glace, Jean-François Braun précise « quand j’ai travaillé sur les musiques traditionnelles, je l’ai plus fait en dehors de ma saison, sur des temps où j’étais partenaire avec d’autres ». Le but était également d’éviter une surproduction de l’offre vis-à-vis des publics. Il semble plus simple de privilégier un unique lieu où le style de la programmation est prédéfini.

Autre aspect plus pragmatique, la concordance structurelle du lieu avec certains types de musiques. Il est simple de comprendre qu’un lieu ne diffusera pas un certain genre si la configuration de la salle, l’acoustique ou encore la jauge ne s’y prêtent pas.

Impact financier

Il ne faut pas se voiler la face. Certes les SMAC ont pour but de promouvoir des groupes émergents ou en voie de professionnalisation, mais l’aspect de la rentabilité financière n’est jamais très loin. C’est ainsi que certains projets, faute de public, ne durent pas. L’amortissement de l’investissement doit être mis en balance avec la marge artistique et la notion de « prise de risque » prend son sens. Et il se trouve que les musiques traditionnelles ne font pas pencher cette balance dans le bon sens… Comme le précise Jean-François Braun « Ne négligeons pas non plus l’aspect économique : programmer certaines musiques du monde est hors de portée de nombreux lieux».

Que peut donc faire une SMAC face à l’affluence massive des demandes de groupes pour s’y produire ? La finance jouera forcément un rôle dans la sélection et un lieu qui devait permettre le soutien de la professionnalisation des groupes se voit limiter dans son champ d’action.

L’une des alternatives est l’existence d’accords de co-réalisation ou de co-production passés avec des producteurs. Ceci permet la circulation d’artistes et leur implantation en fournissant des moyens matériels. Néanmoins, certains producteurs liés à des compagnies discographiques, revendiquent la possibilité de placer leurs artistes dans des salles de concerts de manière privilégiée. Le but est de pallier à la chute de l’économie du disque en reboostant l’aspect scénique. Mais pour favoriser cette démarche, les salles visées sont dorénavant de plus petites envergures et les SMAC sont directement visées. La problématique de l’uniformisation de la programmation tend de nouveau le bout de son nez…

Pour conclure…

Le problème de la programmation des SMAC dans le champ des musiques traditionnelles revête en conclusion plusieurs aspects. D’un côté l’isolement de ces musiques, destinées à des structures suggérées plus adaptées et spécialisées; d’un autre côté leur faible rentabilité financière. Les musiques traditionnelles ne trouvent pas dans les SMAC le soutien qu’elles auraient pu espérer suite à leur intégration dans la catégorie des « musiques actuelles ». Il faut néanmoins se souvenir que les politiques publiques culturelles (dont les SMAC dépendent !), n’ont à priori pas à défendre un intérêt purement pécunier de la culture…

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